Le Grand Palais accueille une exposition, organisée par la Réunion des Musées Nationaux et le Musée Guimet, résolument audacieuse et ambitieuse, qui se veut de surcroît initiatique, en proposant un voyage quasiment spirituel au coeur de la culture et de l'art taoiste par une approche transversale à travers un ensemble de 250 oeuvres.

Pour baliser "La voie du Tao - Un autre chemin de l'être" qui présente un vaste champ d'investigation pour le décryptage iconographique et présenter l'art taoiste qui se confond avec l'art chinois, la commissaire de l'exposition, Catherine Delacour, conservateur en chef au Musée des arts asiatiques Guimet, a opté pour une présentation thématique en six domaines, du principe fondateur de la cosmogenèse à la liturgie, pour rendre compte du particularisme de ce mode de pensée à l'origine complexe qui s'est codifié et institutionnalisé au 2ème siècle en devenant une religion avec son panthéon, ses rites et ses instances religieuses.

"L'art taoiste est vision"

La scénographie a été conçue par Jean-Jacques Bravo et Sophie Roulet sur le principe de la dichotomie et de la complémentarité du vide et du plein.

Pour réussie qu'elle soit au plan esthétique et au niveau du symbolisme des couleurs utilisées, du bleu nuit au céladon, elle n'est pas totalement convaincante quand les objets de petite taille sont dispersés dans des grands volumes alors que les pièces importantes sont ne permettant aucun recul.

Cela étant force est de constater que cette exposition n'est pas très grand public et à cet égard le visionnage du documentaire réalisé par Yves de Perretti avec une approche de vulgarisation sur le taoisme à travers sa pratique contemporaine in situ et la consultation approfondie du catalogue ou de l'album s'imposent comme des préalables indispensables.

Pour le visiteur néophyte, tenter d'appréhender l'art taoiste qui se confond avec l'art chinois implique de connaître tant les principes du premier que les spécificités du second.

Tels que la cosmogonie fondatrice, la précellence de l'écriture chinoise, l'aniconisme fondamental qui s'est mué en une vénération des images pour des raisons liturgiques, la philosophie de l'école du paysage chinois avec la préparation à l'acte de peindre par la méditation et un foisonnement de dieux et d'immortels.

Ensuite, il suffit de se laisser porter par les oeuvres présentées et faire preuve de curiosité d'esprit.

Si certaines restent ésotériques pour les non initiés, comme celles qui reproduisent les trigrammes symbolisant la régression du temps qu mène à l'immortalité, d'autres sont plus accessibles par leur résonance comme l'existence d'un enfer dont une représentation du 16ème siècle évoque celle de Jérôme Bosch.