La Maison Européenne de la Photographie" présente la première rétrospective parisienne de l'oeuvre de Mimmo Jodice, grand maître de la photographie italienne.
"Mimmo Jodice - Rétrospective 1960-2010" c'est cinquante ans de photographies en noir et blanc et de tirages d’époque qui, selon le parcours chrono-thématique conçu par Jean-Luc Monterosso, le directeur de la MEP, scande le travail singulier d'un photographe autodidacte qui a tout photographié.
Toutefois, depuis les premières expérimentations formelles jusqu'à l'épure animiste des clichés des dernières années, il use de la photographie comme d'un médium au service d'une quête métaphysique.
"Tout ce que nous rencontrons est finalement un paysage intérieur"
Mimmo Jodice réalise ses photos avec un objectif unique, un 50 mm, pour, dit-il, "voir les choses normalement".
Voir
les choses normalement mais avec un regard qui n'est ni celui
du reporter ni celui du témoin même s'il s'est
préoccupé du sort des exclus, des marginaux, des
déshérités et des démunis qui peuplaient
Naples, sa ville natale.
D'ailleurs très vite l'homme disparaît de ses photographies. Ne subsiste éventuellement que sa trace dans des lieux vides, déserts ou désaffectés.
Impossible de ne pas penser en voyant cet attrait pour la vacuité à une démarche métaphysique et spirituelle.
Et
pourtant, il a su si bien en capter l'essence comme il a su
rendre palpable la circulation du sang des statues dans les
veines du marbre ou interroger le vide du regard des bustes
antiques pour ce qu'il appelle "un voyage dans la mémoire".
Voyage dans la mémoire mais aussi dans le temps à travers les villes et leurs lieux secrets ou oubliés comme il le fait de manière récurrente à Naples.
Sur cette thématique, l'Institut Culturel Italien à Paris présente d'ailleurs une exposition en contrepoint intitulée "Naples intime" particulièrement révélatrice.
L'effacement
progressif se poursuit inexorablement et ne demeure que la mer
et le végétal, symbole d'éternité
et du cycle de la vie.
Mimmo Jodice est né en 1934. Ceci explique peut-être cela. Toujours est-il que le thésaurus photographique présenté à la MEP est saisissant par l'émotion et la fascination qui s'en dégage.
