Pour clore le cycle "Visages de Naples" conçu par sa directrice Rossana Rummo, l'Institut Culturel Italien propose une exposition des oeuvres de Mimmo Jodice qui s'articule avec la première rétrospective parisienne consacrée à ce grand maître de la photographie italienne organisée par la Maison Européenne de la Photographie .
Intitulée "Naples intime", elle résulte du choix rigoureux et délibéré de Gabriel Bauret, commissaire indépendant spécialisé dans la photographie, collaborateur régulier de la MEP et professeur à l'Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, qui a privilégié, avec une sélection très serrée de 30 photographies réalisées entre 1980 et 2000, les clichés qui reflètent la ville hors du temps, et surtout hors du monde, saisie dans des moments confidentiels, secrets et personnels bien éloignés du folklorique et du pittoresque.
Voir Naples et mourir
Pour Mimmo Jodice, né et vivant à Naples, Naples est sa ville dont il ne cesse de traquer les moindres recoins, dans laquelle il erre et s'abandonne pour tenter de cerner une ville bâtie sur plus de deux mille ans d'histoire et de culture, loin des images d'Epinal, en débusquant comme il le dit "une réalité complètement différente : le vacarme du quotidien fait place au silence et à des images aussi imprévisibles que mystérieuses".
Ici
l'objectif traque la vacuité, au sens philosophique du terme,
dans des lieux déserts ou seule parfois demeure la trace du
passage de l'homme, des chaussures oubliées dans un réfectoire,
des ustensiles de toilette dans un immeuble abandonné, une modeste
chaise au milieu d'une sacristie prestigieuse.
Une approche placée sous le signe de la méditation, de l'introspection et de la régression du temps qui mène à l'essence des choses et peut-être à l'éternité.
S'y
retrouvent les récurrences du photographe : l'errance
du regard, la quête de l'empreinte, le goût de l'architecture
baroque avec le motif symbolique de la coquille et de la
peinture ornementale avec les Putti, de la statuaire avec ses
visages qu'anime encore, pour qui les regarde intensément,
le souffle de l'esprit vital, les portes closes et les murs
aveugles.
Et toujours, le même registre plastique avec son exceptionnelle maîtrise du noir et du blanc. Et sans doute aussi, un petit supplément d'âme.
