Comédie dramatique de Marivaux, mise en scène de Lambert Wilson, avec Anne Brochet, Christine Brücher, Éric Guerin, Pierre Laplace, Francis Leplay, Fabrice Michel et Ann Queensberry.
Jeu de poker menteur, confusion des valeurs, guerre des sexes et des intérêts sont les leviers de "La fausse suivante" de Marivaux.
Lélio, libertin et coureur de dot peu finaud à qui il manque un Dubois pour mener à bien un mariage qui assurerait son avenir matériel, entreprend de lâcher la proie, une Comtesse déjà énamourée, à qui il est lié par une fâcheuse clause de dédit tant il était sûr de son fait, pour l’ombre une jeune parisienne inconnue qui affiche le double en chiffre de rente. Celle-ci, fine mouche et tête froide qui ne mélange pas affaires et sentiments et qui veut bien se marier à condition d’être aimée pour elle-même, se travestit en chevalier pour en avoir le cœur net. Elle tombe à pic pour, solidarité masculine exige, aider Lélio se désengager à bon coût en séduisant la comtesse.
Le subterfuge réussit parfaitement et, à l’issue de trois actes duelistiques, Marivaux, renvoie dos-à-dos tout ce petit monde à leurs préoccupations petites bourgeoises et à leur solitude égoïste : Lélio est doublement démasqué, la Comtesse ridiculisée et humiliée et la jeune fille vengée d’un affront qui n‘a même pas eu un commencement d‘exécution et édifiée sur la condition masculine.
Au Théâtre des Bouffes du Nord, Lambert Wilson monte la pièce à la lumière de sa petite brocante intime comme un vaudeville aux répliques appuyées d'oeillades et mimiques en la transposant dans un autre siècle et un autre univers qui s’avèrent détonants.
Pas de claquement de portes mais un tourniquet de panneaux de voile bucoliques à la japonaise et sièges en bois flotté conçus par Sylvie Olivé, entre lesquels erre la mère ectoplasmique et inaudible de la comtesse.
Sur scène, à côté des de l’hétéroclite trio ancillaire (un groom expressionniste, un gentleman-farmer qui saucissonne fusil à l’épaule et un Arlequin revisité par Murnau), le chevalier transfiguré en jouvenceau costume trois pièces tout droit sorti d’un film de James Ivory (Anne Brochet) est aux prises avec le fourbe, en tenue de cavalier, mal aimable et suintant la beaufitude (Fabrice Michel) et la comtesse fitzgeraldienne (Christine Brücher).
Et puis, pour égayer l'ensemble, sur des arrangements de Pierre-Michel Sivadier, des intermèdes comique troupier ("J’ai ma combine, jamais rien dans la vie ne me turlupine") et des airs de comédie musicale avant le grand final à la Savary.
