Dans la collection Chemins Nocturnes des Editions Vivian Hamy, Antonin Varenne publie "Fakirs" un roman policier qui ressortit davantage au roman noir, tant français qu'au hard boiled américain quant à sa structure narrative.
Et à ce titre la référence à Thierry Jonquet est plus pertinente (ce dernier précisant : "J'écris des romans noirs. Des intrigues où la haine, le désespoir se taillent la part du lion et n'en finissent plus de broyer de pauvres personnages auxquels je n'accorde aucune chance de salut") que celle à Fred Vargas qui s’inscrit dans un roman policier "métaphysico-fabuliste".
En effet, au roman noir, dont il pousse vers leurs limites les figures stéréotypées, il emprunte le récit de type historique événementiel et factuel sans médiation d’un narrateur et l’écriture comportementaliste factuelle et sans subjectivité pour plonger dans les ténèbres de l'âme et la détresse humaine.
Au premier plan, un policier et un enquêteur amateur et une véritable intrigue en ellipse qui n'est peut-être pas celle qu'elle paraît et dont il donne les clés dans les citations en exergue qui tourne autour de la violence sur le corps avec deux pratiques en miroir que sont la torture et l’auto-mutilation dans leur acception la plus large.
Un flic psychotique, un lieutenant de police qui fut le major de sa promotion, victime de son intelligence de Prix Nobel qui a rapidement fait capoter une carrière prometteuse et l'a remisé dans un placard, celui du services des suicides chargé d'enregistrer qu'il s'agit de morts volontaires.
Mouton noir devenu mouton enragé qui s'arrache le cuir chevelu, se promène dans l'informe imperméable de sa défunte mère péripatéticienne, solitaire vivant avec un vieil ara dépressif et déplumé, il enquête sur les circonstances suspectes de suicides qui se sont produits de manière très spectaculaire en public parmi lequel semblent se trouver un trio récurrent. Et en dernier lieu, sur la mort en direct d’un fakir homosexuel, drogué et hémophile, ex-membre des forces spéciales américaines en Irak, au cours d’un numéro de suspension dans un cabaret branché de la capitale.
L'enquêteur de circonstance, ami de la dernière victime, est un américain qui, après de hautes études en psychologie comportementale et notamment sur le traumatismes de guerre, est venu se mettre au vert en venant vivre en ermite sur le lopin de terre de sa défunte mère hippie sur lequel il a planté son tipi.
De fil en aiguille, de crochets en coups de feu, de sauvagerie en horreurs, différentes excroissances d'une même intrigue échevelée s'imbriquent à souhait pour nouer inéluctablement le destin tragique des différents protagonistes pour qui il n'y a pas de happy end mais peut-être, et la foi en l'homme y invite, une rédemption.
Usant d'un style direct, radical et efficace, Antonin Varenne immerge le lecteur dans la fiction par un ancrage référentiel contemporain tout en le faisant douter du caractère fictionnel... à moins que ce ne soit l'inverse ce qui n'est pas le moindre de ses mérites.
