Un écart de conduite de Michèle Halberstadt est un roman très court (140 pages à peine) dont le titre est remarquablement choisi car posant d’emblée la problématique du livre : si on commet une erreur qui nous dévie de notre jolie route toute tracée, aura-t-on la possibilité de la rejoindre, un jour, sans conséquence ?

Rimbaud a écrit dans un de ces poèmes "On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans". Ce vers sonne particulièrement juste pour l’héroïne de ce roman : Laure a fui sa famille à 18 ans et s’est installée avec un barman-surfeur-revendeur de drogue. Si peu de sagesse et de réflexions ne pouvaient que la conduire à la "case prison"… Se contenter d’être la jolie et naïve complice d’un dealer débouche rarement sur la promesse d’une vie calme et heureuse ! Mais jusqu’où va la mener cette erreur de jeunesse ? Ce qui n’aurait dû être qu’un incident de parcours – elle n’a rien d’un caïd de la Pègre – la mènera directement en prison. Le passage à l’âge adulte se révèle aussi brutal et glacé que l’atmosphère d’une cellule. Seul soutien pour Laure dans ce cauchemar : son grand-père. Une affection sans faille les relie tous les deux ("un amour scellé pour la vie" après qu’elle lui ait confié la garde de son doudou !) : il lui promet de tout tenter pour ne pas la laisser dépérir dans l’univers carcéral. Il tiendra parole.

Michèle Halberstadt nous présente son héroïne à trois moments "clé" de son existence. Nous commençons par faire la connaissance de "Mademoiselle Age tendre", qui se plaît à jouer la fille sotte et insouciante et qui finit par se retrouver  au commissariat, ahurie, seule – car trahie par celui qu’elle aimait et qui se servait d’elle – mais sûre que son grand-père va arranger ses petites bêtises.

Puis nous retrouvons une Laure emprisonnée, désespérée, quasi suicidaire mais qui se décide finalement à changer pour ne plus jamais ressembler à ce qu’elle a été, pour ne plus se mépriser.

Enfin, il y aura Louise (nouvelle vie, nouvelle identité) physiquement libre mais prisonnière peut-être à tout jamais de sa (mauvaise) conscience. Une femme qui n’aura de cesse de se faire souffrir pour expier sa faute, qui tremblera à chaque minute de sa vie, qui ne pourra jamais être réellement heureuse.

L’auteur a choisi d’utiliser un langage et une syntaxe simples pour écrire ce roman. Cette sobriété augmente la sensibilité du texte ; pas de chichis, on est directement confronté au désespoir de Laure et de son grand-père. La pudeur avec laquelle sont décrites leur détresse et leur culpabilité nous permet d’y croire sincèrement. On ne peut que compatir à la souffrance de Laure : "La douleur efface sa faute" comme le suggère Michèle Halberstadt en reprenant un vers de la chanson de Véronique Sanson ("Le Maudit"). Bien sûr, l’héroïne a commis un acte répréhensible, pouvant même conduire à la mort d’autrui ! Bien sûr, il fallait la sanctionner ; ce trafic devait s’arrêter. Mais on ne peut que s’interroger sur les bienfaits de cette incarcération : peut-on réellement penser qu’elle aura permis à cette jeune fille de revenir sur le droit chemin et de vivre en harmonie avec la société et avec elle-même ? Ne l’a-t-elle pas plutôt irrémédiablement poussée sur une voie de déviation où son existence sera toujours semée de doutes et de mépris (venant de soi et des autres) ?