Comédie dramatique de Harold Pinter, mise en scène de Serge Onteniente, avec Laetitia de Fombelle, Philippe Hérisson, Philippe de la Villardière et Fernando Scarese.

Pour sa première mise en scène, Serge Onteniente, assistant-réalisateur, notamment de Jacques Audiard, ne cède pas à la facilité avec la dramaturgie pinteresque et le fameux "Trahisons".

Harold Pinter y revisite, certes à l'anglaise et avec un humour et un faux détachement qu'il réserve à ses personnages masculins, le classique triangle amoureux sous un angle caustique et aux affects masqués. Point de vaudeville ici, de l'humour parfois comme savent le pratiquer les anglo-saxons pour ne pas sombrer dans le mélodrame, point d'amant caché dans l'armoire mais une liaison établie qui perdure sagement.

Dans cette caustique comédie dramatique sous forme de dissection à vif qui n'épargne aucun des protagonistes et les renvoie dos-à-dos dans leurs petits arrangements avec la vie, l'histoire d'une liaison à rebours illustre l'ambiguïté et l'échec presque inéluctable des relations humaines, et amoureuses, en raison de toutes les trahisons consubstantielles à l'homme ou induites par le quotidien qui s'accomplissent tant à l'encontre des autres que de soi-même. Illusion, mensonge, lâcheté, tromperie, reniement, omission, simulacre, seul le nom change.

Et l'auteur la barde de deux écueils : la chronologie inversée, restituer une liaison à l'envers, partir de cet amour mort d'usure, d'immobilisme et peut-être de manque d'ambition, pour retrouver l'excitation de la charge érotique du premier jour, et un texte dépouillé de tout artifice, des dialogues d'une économie radicale profondément ancrés dans la banalité du quotidien, et cependant très travaillés, de ces personnages ordinaires et empreints du naturel d'expression des conversations courantes qu'il nourrit d'ellipses et de non-dits qui alimentent un sous-texte qui en est l'essence et qu'il appartient aux comédiens de restituer au-delà des paroles dites et qui reflètent de manière anachronique l'échange toujours avorté à cause de l'inévitable imbrication du menson †???A ?º???ge et compensation opéré par chacun pour gérer ses désillusions et ses compromissions avec le destin.

Ecueils que Serge Onteniente, dans une scénographie réduite au minimum vital et une mise en scène radicale, négocie avec habileté pour proposer une version particulièrement ascétique, presque dépouillée de toute chair et de tout affect, mettant à nu les failles de personnages qui, pris au piège tant des rets des conventions sociales que de leur lâcheté, apparaissent profondément égocentriques et désappointés de ne pouvoir réaliser leurs aspirations.

Il a parfaitement su diriger les comédiens dans une unicité de ton dramatique, même la courte apparition du serveur du restaurant italien (Fernando Scaerese), en apportant un éclairage singulier sur l'ambivalence possible des personnages et leur succession de petites capitulations.

La femme, Laetitia de Fombelle, déchirée entre deux hommes dont aucun des deux n'ont su la retenir qui tente de conjurer la culpabilité par le mensonge et rêve d'une autre vie. Le mari, (Philippe de la Villardière, qui souffre plus de la duplicité de son ami que de l'infidélité conjugale qui lui ouvre les yeux sur l'inadéquation de sa vie, tant sentimentale que professionnelle, avec ses aspirations.

Et l'amant, Philippe Hérisson excellent, homme amoureux et fragile qui ne peut rompre un mariage alors qu'il n'a aucun reproche à faire à son épouse ou homme pragmatique satisfait d'une liaison quasi institutionnelle comme dérivatif au quotidien domestique.