Comédie dramatique de Daniel Danis, mise en scène de Véronique Bellegarde, avec Michel Baumann, Cécile Bournay, Géraldine Martineau et Gérard Watkins.

Portée sur la scène par Véronique Bellegarde, et bien que l’intrigue concerne un sujet prosaïque avec les thématiques récurrentes que sont la mort de l’enfant, son accompagnement pour une conjuration de l’angoisse face au néant et la mort de l’autre comme élément moteur d’une prise de conscience personnelle de l’état au monde et d’une possible renaissance, "Terre océane" de Daniel Danis, auteur québécois francophone, ne constitue pas un spectacle théâtral réaliste au sens traditionnel du terme.

Ce n’est pas une pièce de théâtre mais ce que l’auteur qualifie de "roman-dit", récit narratif parsemé de soliloques et de quelques dialogue fictionnels, un écrit littéraire qui part d’une réalité très concrète pour la transfigurer, par métaphores successives, de manière poétique et métaphysique et qui alimente un nouveau registre théâtral qui, après celui du théâtre narratif, s’emploie à oraliser le roman.

En effet, à partir de cet élément tragique qu’est la mort annoncée d’un enfant, Daniel Danis écrit une fable onirique et initiatique dont les protagonistes sont trois hommes aux trois âges de la vie qui, après ruptures et abandons, y sont confrontés de manière inattendue et recomposent pour quelques mois une nouvelle entité familiale cimentée par une paternité choisie.

Une fable parce que, racontée par une narratrice empathique (sensible Cécile Bournay), les personnages sont stéréotypés : un enfant illuminé qui ne se plaint pas, ne se révolte pas et ne parle guère, (très belle composition de Géraldine Martineau issue de la promotion 2008 du CNSAD), qui répond au prénom évocateur de Gabriel, un père adoptif, (très étonnant Gérard Watkins au jeu affecté et à la diction godardienne), quadra urbain pris dans la vacuité de la vie urbaine qui va trouver le chemin de la rédemption près de son oncle, un vieux bûcheron archétype des canadiens historiques proches d’une conception animiste du monde et des pratiques chamaniques amérindiennes (imposant Michel Baumann).

Et ce n’est pas une représentation théâtrale mais davantage un spectacle en forme d’exercice de style. En effet, les mots seuls peuvent habiter et suffire à la représentation théâtrale mais, dans une époque obsédée par les images, la peur du vide et la vogue du transdisciplinaire avec insertion systématique notamment de vidéos et de micros hf provoquant des distorsions vocales et autres technologies, il faut donner à voir. Ces fameux "arts technologiques" dont l’auteur lui-même évoque l’emploi comme valeur ajoutée et qu’utilise surabondamment Véronique Bellegarde.

Ainsi, elle a choisi de s’appuyer sur une scénographie esthétisante, élaborée avec Edouard Sautai, blocs blancs en premier plan significatifs de la banquise et d‘un mobilier design, panneaux mobiles pour les projections en fond de scène, et sur un déferlement d’images.

Cette multiplications des points de vue pour “cinémaginer” dixit Daniel Danis éloigne de l’émotion du spectacle vivant, érode l'imaginaire et montre les limites du genre. On est plus proche du cinéma que du théâtre.