Comédie dramatique de Joëlle Fossier, mise en scène de Nicolas Malrone, avec Géraldine Moreau-Geoffrey, Ivana Coppola et Marie Demasi.
"Compartiment fumeuses" de Joëlle Fossier, c'est une rencontre, une rencontre entre deux femmes, une rencontre improbable, que seule la promiscuité carcérale rend possible, la tragédie ne connaissant pas de frontière de classe, qui va permettre à l'une de se reconstruire et à l'autre de se construire au travers d'un amour inattendu.Pour Suzanne, bretonne fille de marin pêcheur, à la vie précaire, petite délinquante récidiviste pour émission de chèques en bois, la prison est sa deuxième maison, elle en connaît les règles et les failles. Non pas qu'elle ne souffre pas mais la rage au coeur, un harmonica, sa corne de brume, pour s'échapper et un rêve, un yacht, pour le moment en coquillages, constituent ses moyens pour résister et ne pas couler.
Et puis, la cellule c'est sa" cellule, car c'est la première arrivée qui commande, et elle ne se prive pas d'affranchir la nouvelle venue, du "beau linge", Blandine de, professeur, fille d'un médecin réputé à l'enfance massacrée, coupable d'un meurtre qu'elle vit comme un terme à sa propre vie, qui, elle, n'oppose aucune résistance.
L'écriture de Joëlle Fossier, empreinte d'une grande humanité, simultanément d'une extrême lucidité, d'un réalisme avéré et d'une pudeur sensible, compose une belle partition pour deux comédiennes que Nicolas Malrone met en scène de manière limpide, simple, sans outrance réaliste.
Les deux comédiennes, ce sont Géraldine Moreau-Geoffrey, la dure au coeur tendre, et Ivana Coppola, qui procèdent, dans ce huis clos sous haute surveillance pénitentiaire (Marie Demasi), à des incarnations éblouissantes qui témoignent de la résistance et de la capacité de régénérescence du coeur de l'homme pour supporter et dépasser l'inacceptable et l'inhumain. Pour cela il suffit parfois qu'une main se tende.
