Deux ou trois choses que l’on connaît de lui.

Godard ? Qui d’autre ! A-t-on tout de suite envie d’écrire après avoir visionné le coffret "Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard" filmé par Alain Fleischer.

Godard donc !

Serein, posant en sage, face à la caméra, face à l’autre, face aux "autres", c'est-à-dire les publics, les spectateurs, les téléspectateurs… Voir également les chercheurs et critiques. Il écoute, il est silence, il fume son éternel cigare, joue avec la lumière, s’en amuse. "L’homme à la caméra" se confie, il n’évite aucune question, il est là, présent à l’image avec son militantisme a fleur de peau. Quitte naturellement, et vous l’avez compris, à attirer la foudre… Il y a de quoi, encore que !

Le coffret de quatre galettes est une "Leçon de cinéma" d’un cinéaste, d’un homme d’image (là je suis des plus subjectifs) qui a su penser les rapports Images/sons comme structure complémentaire/autonome, dans une œuvre.

Écoutez Godard c’est apprendre, simplement et c’est beaucoup.

Le coffret est une unité artistique construite en deux actes. Le film d’Alain Fleischer "Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard" retraçant la déambulation d’une exposition fantôme (Voyage(s) en utopie) dû à Dominique Païni à Beaubourg. Où tout au long de la période d'installation, Godard nous entretient de son engagement politique, mais aussi de sa quête artistique concernant l’expérimentation de ses recherches, de ses doutes également…. Mais aussi de ses convictions.

Qu’il est bon d’écouter JLG sur la quête du temps et de l’image, de cette complexité qui nous rend le cinématographe magique. Godard le sait trop bien en chercheur, que ce n’est pas les artifices du numérique, cet "Avatar", simple double du cinéma de Méliès, et qui n’a d’autre force que sa magnificence, vide de toute vie, que se nichent les réelles avancées cinématographiques.

Il ne dit rien d’autre lors du deuxième acte de ce coffret avec sept rendez-vous. Un cadre du "Collages de France", nom à l’origine de l’exposition à Beaubourg qui devait regrouper 9 films, organisée et mise en image par les moyens techniques de réalisation du "Fresnay".

Vidéoconférence entre Rolle, lieu d’expérience de JLG et les intervenants situés dans l’amphithéâtre du Studio national des arts contemporains dirigé par alain Fleischer.

"Ensemble et séparé" se regarde avec gourmandise. Même pas d’indigestion au bout des 7h30 de visionnage. La raison est simple : la qualité des échanges, la richesse des questionnements et de l’écoute. Toujours et encore Godard enfermé dans son laboratoire faisant penser (l’a-t-il voulu ?) au bureau du capitaine Némo. Seul contre tous.

Il existe, trop présent, dans son absence pour beaucoup, pas assez dans ses interventions pour d’autres. Le petit monde du cinéma est ainsi séparé en deux, et pourtant les absences de Godard se conjuguent au même temps que sa présence. Présent il nous le démontre d’une façon magistrale dans ces entretiens avec André S. Labarthe, Dominique Païni, Jean Douchet, Jean-Michel Frodon, l’historien de l’art Jean-Claude Conesa, Nicole Brenez et Jean Narboni…

L’éclectique choix des intervenants prouve l’homogénéité de la réflexion apportée. Hé ! Oui.

Le coffret édité par Éditions Montparnasse doit être présent dans tous les lycées (et les autres) qui préparent le bac option cinéma. Un minimum pour rattraper le temps oublié et dépasser l’attentisme. Un courant d’air frais, pour dépoussiérer l’immobilisme convenu du 7ème Art. JLG fait partie de ces trop rares réalisateurs/chercheurs à penser que trop de territoires cinématographiques restent à découvrir. Ils peuvent alors devenir suspects devant la perfection des images aussi ennuyeuses que politiquement correctes. La recherche continuelle de Godard est affaire de Liberté artistique.

Naturellement Godard, pour donner un sens au cinéma.