Aerogramme était un groupe de rock progressif écossais : lyrique, massif, cinématographique. Après une carrière de pas tout à fait dix ans et trois albums, ses membres ont finalement décidé de se séparer, laminés par leur incapacité à atteindre un succès d’ampleur véritable.
A la séparation du quatuor, son chanteur et son guitariste, Craig B et Iain Cook, se mettent à enregistrer à leurs heures perdues quelques titres. Ces titres donneront, après un processus créatif étalé sur plusieurs années, le premier album éponyme de leur nouveau projet : The Unwinding Hours.
Le disque s’ouvre sur le très riche "Knut" : une longue planance de guitare en guise d’introduction, puis une rythmique binaire façon "Unfinished Business" des White Lies : s’ensuivent près de six minutes d’un crescendo en apesanteur, rock-shoegaze-triomphant, explosif, infini comme un champ d’étoile à la Stanley Kubrick. Une voix, lointaine, en écho, hante l’ensemble. On songera, peut-être, au premier album de Kwoon (l’autoproduit Tales and Dreams de janvier 2006).
Pour le reste, le disque est avant tout structuré autour de pièces éthérées, ballades suaves, toutes de lenteur et de résonnances, où le chant de Craig B tient la première place : belle voix aigue, aux intonations précieuses. Paradoxalement, l’ambiance rappellera souvent aux amateurs les EPs acoustiques d’Aerogramme, face cachée de la formation, alors que l’album fourmille d’arrangements complexes, de sonorités inattendues (jeter une oreille à "There are worse things than being alone" et se laisser surprendre par son développement), et même d’authentiques moment rock, dont la densité, par contraste, ne paraîtra que plus grande ("Peacefull Liquid Shell" et aussi, d’une façon savante, effrayante de maîtrise glaciale, "The Final Hour", intéressant titre de clôture).
Avec délice on se souviendra que l’on écoutait Sophia ou les Red House Painters, il y a quelques années, Ben Christophers ou David Michael Stith plus récemment. Sans pouvoir prétendre s’élever à ces sommets, The Unwinding Hours emprunte bien les mêmes sentiers escarpés, où l’équilibre de la délicatesse reste toujours à conquérir, la beauté naissant justement de la tension qui s’oppose à la chute dans le gouffre vertigineux de l’ennui. Aucune inquiétude à avoir ici : le pas est bien assuré et jamais l’on ne trébuche.
