Le Musée Maillol enchaîne les expositions avec énergie et le premier semestre 2010 sera placée sous le signe des vanités avec une exposition au titre anachronique "C'est la vie !" sous titrée "Vanités : De Caravage à Damien Hirst".
Car cette exposition résonne pour ses co-commissaires, Patrizia Nitti, toute récente directrice artistique du Musée Maillol, et de Claudio Strinati, directeur général du ministère italien de la culture, comme un hymne à la vie.
Et la photomontage de l'affiche, la juxtaposition morphique par moitié du crâne sur lequel s'appui le "Cupidon endormi" de Genovesino de et du crâne de Mickey de Nicolas Rubinstein a bien l'allure d'un jubilatoire pied de nez à la camarde.
Conçue selon un parcours chronologique en trois périodes à partir d'une sélection de plus de 150 oeuvres, peintures, sculptures, photographies, vidéos, bijoux et objets, issues de prêts de musées italiens et français et surtout de collections particulières, l'exposition propose un voyage monothématique dans l'histoire de l'art.
La vanité et la mort : une fable métaphysique
La vanité, catégorie particulière de nature morte, a la vie dure puisqu'elle est universelle et intemporelle et ce depuis l'Antiquité. Des mosaïstes de Pompéi aux artistes du 3ème millénaire, tous les artistes l'ont exécuté selon des déclinaisons singulières souvent tributaires des conceptions sociétales sur le sens de la vie, la mort, l'invisible et l'au-delà.
Le
crâne et les os, fossiles parfaits, reliques et totems,
seuls témoins quasi mmortels de l'instant d'une vie,
sont porteurs d'un symbolisme magique. Figuration de la mort,
ils sont successivement support de l''évocation de la
temporalité terrestre, symbole de vie éternelle,
instrument d'exaltation de la foi et objet de méditation
existentielle.
Pour la période classique, les petites pièces du 2ème étage de l'aile droite de l'Hôtel Bouchardon se sont transformées en écrins tamisés, blanc et bordeaux, pour accueillir notamment des toiles saisissantes du 17ème siècle entre ténébrisme et clair obscur avec Caravage, Zurbaran, Fetti, Georges de la Tour.
Un cibachrome de Cindy Sherman et le "Waiting for Godot" de Marc Quinn ont été habilement installés au sein des vanités de l'Ecole française sans que cela ne dénote.
Après
le triptyque Cézanne-Braque-Picasso pour l'art moderne,
la part belle est faite au gotha de l'art contemporain.
Et la découverte de ces vanités contemporaines est particulièrement intéressante en ce qu'elles témoignent, pour la plupart, d'une filiation avec leurs aînées.
Parmi les exceptions sémantiques, l'art cathartique pratiqué par exemple par Michel Journiac et Niki de Saint Phalle, les autoportraits saisissants d'une mort annoncée (Robert Mapplethorpe et Keith Haring) et les vanités-crudités de Dimitri Tsykalov.
En revanche, les danses macabres du Moyen Age se retrouvent chez avec Paul Hermann, Yan B. Dyl, Daniel Spoeri et ses tableaux-pièges ou Adel Abdessemed et Marina Abramovic et leur promenade avec un squelette.
De
même, le visiteur pourra suivre les déclinaisons
actuelles de la nature morte (Gerhard Richter, McDermott and
McGough), la vanité sulpicienne (Pierre et Gilles), la
vanité moralisatrice d'une certaine manière avec
Damien Hirst, les memento mori de la Renaissance (Philippe Pasqua)
ou la corruption du corps chère à la sensibilité
baroque qui se retrouve dans le réalisme morbide des
frères Chapman.
A ne pas rater les belles vitrines consacrées aux pièces du joaillier vénitien Codognato de Venise consistant en des bijoux-vanités inspirés du maniérisme de la Renaissance tout à fait étonnants.
