Comédie de Alfred de Musset, mise en scène de Marie-Claude Morland, avec Marie Plouviez, Ludovic Perez, Johannes Oliver Hamm et Bertrand Farge.

Lorsque le jeune Alfred de Musset publie "Le chandelier", en 1835, il a vingt-cinq ans. Il est pourtant déjà à l'apogée de son écriture puisque cette pièce s'inscrit entre "On ne badine pas avec l'amour" et "La confession d'un enfant du siècle".

"Le chandelier" ne sera joué pour la première fois que treize années plus tard, et provoquera l'indignation car l'armée et la bourgeoisie provinciale y sont moquées.

Jacqueline est mariée à Maître André, notaire de profession et plus âgé qu'elle. Une nuit, un clerc aperçoit une ombre se glisser dans la chambre de la belle. Clavaroche, officier de garnison, qui a presque été démasqué lors de cet épisode, propose alors à sa maîtresse à prendre un "chandelier". Jacqueline devra se lier à un jeune clerc, vivant sous le toit du notaire, et le faire soupirer d'amour pour elle, afin que les éventuels soupçons ne se portent pas sur le véritable amant.

L'histoire autour du schéma classique du triangle amoureux, qui offre déjà de nombreuses variations et rebondissements, s'enrichit ici d'un quatrième personnage.

La mise en scène de Marie-Claude Morland surprend par la gestuelle qu'elle impose à des comédiens toujours en mouvement. Les personnages de Musset, auteur romantique, s'agitent sur la scène comme pourraient le faire les héros d'une comédie de boulevard. Le pari de ce mélange de genre est réussi, le public rit, s'amuse de la fougue du capitaine, de la naïveté du mari, s'étonne des roueries de Jacqueline. On peut néanmoins émettre une réserve, la rupture du rythme se révèle brutale lorsque, dans un long monologue, le texte s'attarde sur les état d'âme de Fortunio, le jeune clerc amoureux qui a découvert le stratagème dont il est malheureux héros involontaire.

Les quatre acteurs, dans des rôles très physiques, et bien qu'encombrés de leurs costumes, ont une forte présence. En plus du registre comique obtenu par le rythme sur scène, Marie Plouviez dans le rôle de Jacqueline, et Ludovic Perez dans le rôle de Fortunio, déploient dans la deuxième partie de la pièce une belle subtilité dans l'expression des sentiments.

Ce choix de traiter Alfred de Musset comme un auteur de comédie légère assure au public à la fois détente et plaisir des belles lettres.