En ce 8 janvier neigeux, nous avons eu la chance de rencontrer Geoffroy Barthélemy & Alcatraz, afin de percer leur secret de fabrication : la pop - sensible - réaliste...
On va commencer, si personne n'a besoin de couverture de survie ?
Alcatraz : (rires) Pour l'instant ça va, ce soir peut-être !
Une petite question basique : si vous pouviez vous décrire en quelques mots, quels seraient-ils ? Qu'est-ce que c'est "Alcatraz" ?
Geoffroy Barthélemy : C'est un groupe de musique (rires). Initialement, c'est un projet personnel, qui est né avec Clément (ndrl : le guitariste du groupe). Cela faisait longtemps que j'avais un projet autour de mes chansons, que je n'arrivais pas à concrétiser ou que je n'avais pas eu le courage de le faire en tout cas... En rencontrant Clément, cela a pu se concrétiser et autour de ce noyau, d'autres musiciens nous ont rejoints. Les choses se sont faites petit à petit.
C'est vrai que l'on peut se demander pourquoi Geoffroy Barthélemy & Alcatraz ?
Geoffroy Barthélemy : Au départ, c'était vraiment Alcatraz dans la première maquette que l'on a sortie et puis, au moment de la sortie de l'album, j'ai trouvé que ça n'avait plus vraiment de sens parce que j'ai écrit les chansons, les paroles des musiques, j'ai fait les arrangements au niveau de l'enregistrement, donc me mettre en avant n'était pas illogique et il était important de conserver le terme "Alcatraz" qui faisait un peu western.
Geoffroy, tu es vraiment la source du projet en tant que tel ?
Geoffroy Barthélemy : Oui effectivement, ce sont toutes mes chansons, mes musiques. Par contre, les textes sont un peu partagés. Les trois quarts sont mes textes, auxquels collabore également ma femme, et il y a un texte en anglais que Clément a écrit. En fait, c'est mon projet que je porte, et eux m'accompagnent dans cette démarche.
Clément et Ellie, comment vous êtes-vous greffés au projet ? Il faut savoir que nous sommes en présence de 3 membres du groupe. Vous êtes 4 en principe, non ?
Geoffroy Barthélemy : En fait il y a deux formules, c'est aussi pour cela que l'appellation du groupe glisse sur mon nom. La notion de groupe, même si effectivement nous le vivons comme tel, est modulable. Après, il y a un nouveau batteur depuis décembre 2009 (ndrl : Antony Gatta), mais nous sommes sur un noyau dur à trois, et puis le batteur qui nous rejoint sur certains concerts plus importants.
Est-ce que, justement, vous pouvez nous faire une présentation de chacun, que l'on situe les personnages ?
Clément Faure : Moi je joue de la guitare avec Geoffroy. Je l'ai rencontré au début en 2005-2006 et on a commencé à jouer ensemble certaines chansons qui sont d'ailleurs sur le disque.
Ellie Omeir : Je suis bassiste, j'ai rejoint le groupe il y a 3-4 ans. J'ai rencontré Geoffroy par le biais du milieu musical et nous nous sommes très bien entendus au niveau des influences.
Tu les as rejoint peu longtemps après le début du projet ?
Ellie Omeir : Oui, c'est ça.
Geoffroy Barthélemy : Quand nous avons fait la première maquette à deux, je me suis vite demandé si nous allions jouer à deux ou à plusieurs sur scène, puisque quand même sur la première maquette, il y avait de la batterie, etc. Même si c'était de la programmation, il y avait l'idée d'étoffer un peu.
Comment définiriez-vous la musique que vous faites ?
Geoffroy Barthélemy : C'est très difficile à définir. C'est de la chanson pop, des textes en français avec une influence musicale anglo-saxonne, proche des Beatles par exemple.
Pourquoi ce style en particulier ? J'ai cru comprendre que tu faisais du jazz aussi.
Geoffroy Barthélemy : Oui, mais plus maintenant. En fait, cela fonctionne souvent sous forme de bulle. Dans la scène stéphanoise, on fait du jazz et pas autre chose. Mais à un moment donné, j'ai eu envie de retrouver les raisons pour lesquelles je voulais faire de la musique à 15-16 ans. Et c'était vraiment pour ça, pour faire de la chanson, de la pop. Du coup, j'ai mis le jazz un peu de côté et maintenant je suis dans une autre bulle.
Avec vos chansons, que voulez-vous faire passer ? Malgré les sonorités pop indéniables, je leur ai trouvé un petit air mélancolique.
Geoffroy Barthélemy : L'idée, c'est de parler de choses plus ou moins tristes, mélancoliques, avec des musiques. Un jour, un ami m'a dit vis-à-vis de la musique brésilienne qu'il avait l'impression d'écouter des musiques super gaies alors que les paroles étaient en fait atroces. En plus, j'ai toujours peur de passer dans le pathos quand je parle de choses tristes, de devenir trop lourd. Je me rapproche un peu de Souchon, qui parle dans son dernier disque de choses assez tristes, mélancoliques, toujours avec un ton léger.
Clément et Ellie, comment ressentez-vous le style de musique du groupe ?
Ellie Omeir : Moi, je ne trouve pas vraiment les paroles mélancoliques. Je trouve qu'elles sont les impressions d'un mec qui voit la vie comme elle est maintenant, avec une approche sensible de détails de la vie qui ont de l'importance. La mélancolie, ça me fait penser au passé. Donc plus de la mélancolie - nostalgique, que de la mélancolie.
D'accord, c'est intéressant que tu me donnes ta vision des choses.
Ellie Omeir : Même en les ayant jouées auparavant, en réecoutant l'album enregistré, il y a certains sens qui me sont apparus, que je n'avais pas relevés à la base. Finalement, je me retrouve assez dans ces textes, mais c'est bien parce que ça me donne d'autant plus d'implication.
Et pour toi, Clément ?
Clément Faure : Pour moi aussi il y a un peu de mélancolie, mais c'est contrebalancé par du second degré dans le texte. Donc même s'il y a un peu de mélancolie, cela n'a rien de triste.
Geoffroy Barthélemy : Je suis assez d'accord avec Ellie sur le côté réaliste, parce qu'il y a pas mal de chansons avec des références cinématographiques et c'est vraiment des portraits d'évènements personnels, imaginés, l'idée de faire un instantané.
C'est vrai que je trouve vos textes très imagés. Sans transition, j'ai envie de vous demander ce que vous avez pu produire depuis votre formation. Il me semble qu'un album a été fait ?
Geoffroy Barthélemy : Oui, notre premier album est sorti il y a un an et demi. Suite à cela, les choses démarrent petit à petit, parce qu'on est tous seuls, un peu (rires). C'est vrai que là, nous n'avons pas de label, donc notre album est autoproduit. On a eu quand même une aide de la part de la ville de Saint-Etienne dans le cadre du dispositif "Crescendo" qui nous a permis d'investir dans du matériel. Par contre, nous avons réalisé l'enregistrement nous-mêmes, sauf pour des parties de corde qui ont été enregistrées au studio à Ecotay. Suite à cela, le disque fait son chemin, et cette année il commence à se passer des choses.
Justement, j'ai cru comprendre que vous alliez à Lyon ce soir. Expliquez-nous, qu'allez vous faire à Lyon ?
Geoffroy Barthélemy : En fait là c'est super, on ne peut pas rêver mieux à l'heure d'aujourd'hui, car c'est extrèmement difficile de trouver des concerts, car ce que l'on fait ne passe pas partout. Nos musiques demandent une écoute.
Clément Faure : On ne peut pas être dans un coin, comme ça et si un groupe joue, on l'écoute d'une oreille distraite, et on ne fait pas forcément attention aux paroles. Nos musiques ont besoin d'attention, donc les cafés par exemple, ce n'est pas forcément l'idéal.
Geoffroy Barthélemy : J'avais téléphoné au directeur de la salle "A tout Bout de Chant" à Lyon, qui est une scène découverte, labellisée par la région. Le programmateur est venu nous rencontrer dans un petit café à Saint-Etienne et tout de suite nous a programmés, donc pour nous c'est bien. C'est une petite salle, mais les programmations y sont intéressantes, et les gens viennent vraiment écouter. Il y a des gens qui ne nous connaissent pas et qui viennent par curiosité, en étant vraiment attentifs, donc c'est le public que nous recherchons. Un public qui peut capter le sens de nos paroles et de nos mélodies.
Donc les bars ne sont pas pour nous ! Mais les choses commencent à démarrer, à partir de cette année nous allons être aidés par le Conseil Général de la Loire, qui subventionne certains groupes. C'est une aide à la tournée en fait, ils subventionnent le spectacle à 50 pour cent, et proposent des spectacles à différents lieux de la Loire.
Donc une tournée en programmation ?
Geoffroy Barthélemy : Oui, ce sont les programmateurs de chaque commune qui décident. Nous faisons partie d'un catalogue du Conseil Général et dans ce cadre là, nous sommes subventionnés. C'est quand même extrêmement intéressant pour nous. Il y a d'autres choses en prévision mais je garde ça secret !
Vous cherchez à tourner dans la région, et éventuellement plus loin, si les occasions se présentent ?
Geoffroy Barthélemy : Oui, tout à fait. Voyager un peu, tout ça, c'est bien.
Et vous envisagez de réenregistrer bientôt ?
Geoffroy Barthélemy : Cela commence à faire son chemin, de nouvelles compos arrivent, et j'aimerais bien que l'on puisse envisager quelque chose à la fin de l'année, en enregistrement.
Ellie Omeir : C'est vrai que je joue dans plusieurs formations, et cela m'est arrivé d'avoir des groupes qui ont un certain répertoire, une dizaine, quinzaine de morceaux et qui, à côté, peinent à se renouveler. Ce qui est intéressant avec ce groupe, c'est que régulièrement Geoffroy met des nouveaux morceaux, où je retrouve finalement les premiers morceaux que j'ai écoutés quand je suis arrivé. On se comprend au niveau des influences, cela avance. Et même pour le futur, cela permet d'envisager une évolution et une continuité dans la musique.
Clément Faure : Oui, nous avons un renouveau collectif aussi. A partir du morceau que met Geoffroy, nous ajoutons beaucoup d'idées.
Geoffroy Barthélemy : On a quand même réussi à trouver une routine de travail, dans le bon sens du terme, c'est-à-dire que j'arrive, je teste des morceaux avec eux, ils me disent ça c'est pourri (rires) ou ça c'est bien... Donc il ne faut pas du tout minimiser l'influence de Clément et Ellie. J'écoute beaucoup leur avis, car nous avons les mêmes influences, nous sommes sur la même longueur d'onde musicalement.
Comment allez-vous intégrer votre nouveau batteur dans le groupe ?
Geoffroy Barthélemy : En fait, il s'est intégré assez facilement parce que c'est quelqu'un que je connais depuis très longtemps : on a déjà joué ensemble et il a apprécié le disque, c'est important. Ce n'est pas comme si nous avions pris un batteur seulement parce que nous en avions besoin d'un. Là, nous avons vraiment les mêmes influences. Tout de suite il avait l'esprit des chansons, le bon matériel, donc ça a posé tout au niveau des chansons, c'était vraiment agréable. Il a compris qu'ici c'était intimiste, qu'il pouvait jouer extrêmement doucement tout en mettant de l'intensité, du coup ça porte toute notre musique. Pour la scène, cela nous permet d'épurer, de revenir aux fondamentaux.
Clément : De ne pas être dépendants des machines.
Deux dernières questions pour clore cette interview. Si vous deviez définir le groupe en trois mots ?
Geoffroy Barthélemy : "Cinéma". De plus en plus, il y a cet aspect là dans les chansons.
Ellie Omeir : "Sensibilité", c'est vraiment quelque chose d'important pour moi.
Clément Faure : "Intimiste".
Si vous aviez un ami qui partait sur une île déserte, quel CD de votre discothèque lui donneriez-vous pour qu'il se souvienne de vous ?
Clément Faure : Je lui filerai le "Live at Sin-é" de Jeff Buckley.
Geoffroy Barthélemy : Cela n'a absolument rien à voir avec ce que l'on fait ! (rires)
Moi je choisirai quelque chose de très récent : le dernier album de Benjamin Biolay, qui s'appelle "La Superbe".
Ellie Omeir : Et moi, "Babylon By Bus" de Bob Marley.
Clément Faure : Toujours très proche de ce que l'on fait ! (rires)
Geoffroy Barthélemy : Remarque, j'aurai pu choisir du Souchon... parce que pour le coup, les textes de Souchon peuvent vraiment faire penser à ce que je suis mais en ce moment, je suis vraiment dans le disque de Biolay donc...
Et bien Geoffroy Barthélemy et les Alcatraz...
Geoffroy Barthélemy : Et les cowboys !
C'est vrai qu'en vous écoutant, j'ai eu cette impression d'un western pop.
Geoffroy Barthélemy : Au départ, je voulais presque appeler le disque "Macadam Cowboy" mais c'est déjà pris ! Mais l'idée reste le côté cowboy urbain.
Ellie Omeir : Ce n'est pas le cowboy à l'américaine quoi !
Merci beaucoup pour cette interview ! On vous souhaite que ça marche...
Geoffroy Barthélémy et Alcatraz seront à retrouver pour la première partie de Dominique A, le 6 février au Fil à Saint-Etienne.
Retrouvez Geoffroy Barthélemy et Alcatraz
en Froggy's Session
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