Réalisé par Guy Ritchie. Etats Unis. 2010. Policier. Avec Robert Downey Jr., Jude Law, Mark Strong, Rachel McAdams, James Fox et Eddie Marsan.
Remercions Guy Ritchie, le réalisateur de "Sherlock Holmes" de remettre en selle un héros décapant. Profitons du temps que nous avons (la sortie du film est annoncée le 5 février 2010) pour nous plonger plus attentivement dans l’univers de deux films, qui à leurs façons, démontrent s’il en est, que Sherlock Holmes est un personnage bigrement complexe.
Donc, dans les prochains numéros de RLHD, nous y parlerons de "Le Chien des Baskerville" de Terence Fisher (1959) même certains préfèrent la version de 1939 de Sidney Lanfield, prototype holmésien par excellence, puis du film plus tardif de Bob Clark "Meurtre par décret" lui-même étant un remake du film de James Hill de 1965 "Sherlock Holmes contre Jack l’Éventreur".
La présence narratrice de Sir Conan Doyle, le père d’Holmes (entre autres), on lui doit également l’excellent "Monde Perdu", est très souvent dans les films liés à ses personnages, signe de "plaisir". Juste le plaisir de l’aventure, comme on ouvre, gourmand, une boite secrète offerte à Noël. Même si on connaît le livre, la surprise est là et nous réchauffe les neurones.
Holmes n’est pas un héros ordinaire, à la différence de beaucoup d’autres, et malgré son ancrage historique, il a su voguer à travers les particularismes artistiques. L’homme est mouvant. Si difficilement réel. Il est lui, et son compère, son biographe Watson d’un temps incertain et pourtant, lorsque l’on voit les adaptations terriblement actuels, Sherlock Holmes est le personnage type, héros qui colle aux basques de toutes les générations (peu de personnages ont ce privilège). Le film de Guy Ritchie "Sherlock Holmes" ne déroge pas à cette tradition.
Bémol.
Il faut faire attention lorsque l’on est face à un mythe littéraire et cinématographique de trop vouloir l’imprégner de l’air du temps. Ce fameux coup de plumeau de trop. La modernité donne parfois un sacré coup de vieux. Souvent on en oublie le regard du spectateur qui dans sa sagesse s’est forgé l’imaginaire visuel du héros piégé. A trop de lifting on risque de passer à côté du mythe.
C’est malheureusement le cas de Robert Downey JR (Holmes) et Jude Law (Watson) dans "Sherlock Holmes".
Holmes dépend de ses secrets (qui le tourmentent) le rendant humain, bigrement humain, ce n’est pas qu’un héros, un personnage sans volume, Holmes existe (enfin pour certain, cela semble une évidence) c’est me semble-t-il, ce que le film a oublié au passage pour ne garder que l’esprit boucanier. Ce qui d’ailleurs, n’est pas faux. Holmes dans les écrits de Conan Doyle est un homme de combat, qui se joue travesti lorsqu’il le faut. Ce n’est pas non plus un homme de loi, n’utilise-t-il pas quelques voyous pour arriver à ses fins ?
Holmes et Watson dans le film de Guy Ritchie ressemblent malheureusement plus à Starsky et Hutch dans leurs déambulations télévisuelles qu’aux héros de Conan Doyle. Doit-on s’en plaindre, doit-on être navré ? Je ne sais pas. Une chose est sûre, c’est que le public prendra plaisir à cette course poursuite contre la montre pour défendre "Union Jack". Nos personnages ont à relever un défi de la stature d’un James Bond.
Nous sommes loin, sans pour autant gâcher notre plaisir, des canons traditionnels de l’univers holmésien. La distraction étant au rendez-vous, peut-être est-ce cela le plus important en ces temps moroses. Laisser sur le bas côté de la route l’orthodoxie d’un mythe pour plonger, tête la première, dans une aventure dont les héros auraient pu être autres.
Peu importe, l’histoire du cinéma y reconnaîtra
les siens.
