Comédie dramatique de Alain Didier-Weill, mise en scène de Jean-Luc Paliès, avec Miguel-Ange Sarmiento, Philippe Beheydt, Jean-Luc Paliès, Bagheera Poulin, Stéphanie Boré ou Isabelle Starkier, Katia Dimitrova ou Claudine Fiévet, Alain Guillo - Mezzos|Sopranos (en alternance) Magali Paliès, Estelle Boin, Séverine Étienne et Maquaire Geneviève Bottau.

L’histoire avec un grand "H" est faite de rencontres improbables. Et c’est parce que ces rendez-vous sont impossibles (encore que !) que le théâtre en sa sagesse les organise.

La pièce d’Alain Didier-Weill, psychiatre et membre de l’école freudienne, est affaire de divan. On l’aurait parié. L’analyse, si on peut dire, se situe en 1913, à Vienne en Autriche. C’est là, berceau de la psychanalyse que rien ne se jouera. Ce qui ne veut pas dire que rien n’y est joué puisque nous sommes sur la scène du Théâtre du Lierre.

La rencontre avec un jeune homme pauvre, couleur SDF croisant sur son chemin autre homme jeune, beau celui-là. De la bonne société viennoise. Il vient de fêter ses vingt ans et déjà trop de projets en tête.

Carl Gustav Jung, disciple préféré de Freud alors que le clash s’annonce, reste pour l’instant un homme torturé. Il a d’autres chats à fouetter que de s’occuper du vagabond, il se sait antisémite et mal à l’aise dans cette reconnaissance. Il propose au jeune homme désargenté d’aller consulter son Maître Sigmund Freud.

Si les personnages hautement importants de la révolution psychanalytique marchent à visage découvert, notre vagabond qui étudie le dessin aux Beaux Arts de Vienne, mérite lui aussi, que l’on s’y arrête. Il est sûr que l’auteur , en nous offrant ce type sur un divan avait une idée derrière la tête, une de ces idées qui fait frémir dès l’on connaîtra le nom de cet envahissant bonhomme. D’ailleurs sans lui (une fois de plus) la pièce ne peut exister. Car elle (la pièce) est un véritable compte à rebours avant le désastre final, avec cette question, aurait-on en son temps déceler la folie de ce type ?

Nous sommes tous comme Chaplin à l’ouverture du "Dictateur" entre deux personnages. Entre le vagabond et l’Autre. Oui, il s’agit bien de s’ancrer sur les fauteuils du Théâtre du Lierre et d’entendre la quête de ce vagabond qui n’est autre qu’Hitler. Le dictateur sous le regard de Freud et Jung. De quoi titiller (décidément j’aime ce mot) notre curiosité, notre approche de l’histoire. De ce Basculement. De ce questionnement sur l’homme et de sa latitude à offrir le mal. Le spectateur devient dans son silence l’analyste d’une époque, il ne peut pas oublier ce qui se passera plus de 25 ans plus tard.

A voir et peut-être à revoir, je ne peux que conseiller les profs d’histoire de troisième à venir avec leurs ouailles.