Recevoir
dit-elle.
Voilà une exposition pour les fêtes de fin d’années.
Une visite gantée où l’élégance est de mise. Le parlé raffiné mais sans chichi. C’est un temps où l’on inventa la réception telle qu’on la connaît aujourd’hui. Rentrez à pas feutrés dans un monde que l’on croyait de l’ancien régime. Il n’en est rien. L’impératrice Eugénie balaya ce qui avait fait jusqu’à là, au frontières de la monarchie, l’art culinaire à la française.
Jusqu’alors la vocation de la table était tournée vers un décorum ostentatoire, l’effet décoratif primant sur le goût. L’impératrice, elle, organisera sa table en s’attachant aux subtilités gustatives.
Une Révolution
Une révolution, pas seulement dans les assiettes mais aussi dans les cuisines avec l’arrivée entre autre du fourneau à charbon qui permettait des cuissons plus précises à la maîtrise du froid modifiant l’approvisionnement et la conservation. Mais la vraie révolution de palais est sur la table, avec l’abandon de l’ancien service à la "française" où chacun se servait à sa convenance pour le service à la "russe" qui se conjuguait au même temps que la sophistication culinaire. Fini de picorer dans les plats, c’était un valet qui servait les convives.
Une organisation qui rejaillira sur les restaurants, alors en plein essor.
Mais la table d’Eugénie était également une "vitrine du régime". Où la "table" devenait un outil politique captant les couches supérieures et fascinant la population par son rayonnement. Si l’acte était d’évidence politique, il était aussi culinaire
Laissant en harmonie, l’image d’une cour fastueuse qui avait réussi à dépoussiérer l’apparat, né de l’ancien régime. Offrant à Paris et particulièrement à la table de l’impératrice le titre de "Capitale gourmande du monde".
Une particularité tout de même, on ne restait pas indéfiniment à table, Le temps moyen en présence de l’Impératrice et le l’empereur était d’une moyenne de 45 minutes. On imagine alors aisément l’organisation quasi militaire.
Naturellement on peut se dire aujourd’hui, dans notre monde pressé que tout cela est du passé, un rituel sorti de la naphtaline pour nous en mettre plein les yeux. Naturellement on peut l’écrire ainsi et s’asseoir dessus en mangeant dans des assiettes en carton et boire dans des gobelets en plastique, parce qu’à cinquante, c’est plus pratique.
Et pourtant, une fois, une fois seulement, essayez. Écoutez Eugénie et ses conseils.
Osez l’apparat, la bienséance et le vouvoiement, invitez chez vous le raffinement d’un soir. Et si dans le luxe on apprenait l’élégance de la simplicité ?
Conviez dans la complicité, convives de même sensibilité et l’ami précieux, valet d’un soir en maître d’œuvre qui aura su organiser le plaisir du regard, et l’attention discrète à préserver l’étiquette. (Je vous conseille de lire "Le livre de la cuisine" de Jules Gouffé ancien officier de bouche du Jockey Club - 1867, ou encore "Le grand dictionnaire de cuisine" d’Alexandre Dumas).
Il vous reste à tourner les pages d’une "Histoire" et vous offrir les parcelles d’un raffinement aujourd’hui engluées dans un luxe trop souvent tapageur et de mauvais goût.
Naturellement on peut rêver, mais avouez, pour ceux qui reviennent de Compiègne, après avoir, une dernière fois, jeté un œil à la table de l’impératrice, qu’il sera difficile à quelques semaines des fêtes, de ne pas endosser l’élégance voulue du second Empire pour penser à une soirée d’aujourd’hui.
Valsez Madame, la musique de Monsieur Strauss, vous va à ravir.
