Drame écrit et mise en scène par Olivier Py, avec Nâzim Boudjenah, Amira Casar, Matthieu Dessertine, Mathieu Elfassi, Michel Fau, Philippe Girard, Frédéric Giroutru, Christophe Maltot, Olivier Py, Bruno Sermonne et Pierre Vial.

La prose lyrique, mystique, emphatique et surabondante de Olivier Py, auteur baroque et flamboyant, ne souffre que la déclamation ostensible avec une scansion dépourvue d'inflexion et de ponctuation qui tire toujours le verbe vers le haut en jaillissement séminal.

Sa dernière œuvre en date, "Les enfants de Saturne", qui ne déroge pas à cette manière, convoque toutes les histoires tragiques des relations père-fils, sa thématique de prédilection ("Moi, mon théâtre, c’est un dialogue entre le père et le fils ; ça n’a presque jamais été autre chose."), des tragédies antiques à au théâtre bourgeois, en passant par les aux drames shakespeariens.

Ce drame kaléidoscopique qui tourne sur lui-même, comme les spectateurs installés sur gradin tournant, dispositif central de l'impressionnante scénographie de Pierre André Weitz, prêche, à défaut de prédire, que seule l'apocalypse peut être source d'une ère nouvelle et que seuls seront sauvés les purs qui, par piété filiale inconditionnelle, à l'instar du Christ qui a accepté d'être crucifié, ont aimé leur père sans restriction, au delà de tout, acceptant le sacrifice en son essence et la souillure du corps comme réponse au mal de l'âme.

Les enfants de Saturne, en l'espèce les rejetons d'un magnat de la presse, sont dévorés non par leur père physique mais par tous les mythes et tabous dont ils ont hérités et, contrairement à ce qui est souvent relevé, ce n'est pas l'inceste ou les appétences sexuelles qualifiées de déviantes dans leur caractère spectaculaire, anecdotique ou dérangeant qui importent mais les possibilités de jeu scénique avec la transgression et l'avilissement.

Sans doute encore imprégné du travail colossal et syncrétique engendré par l'intégrale de "Le soulier de satin" monté la saison passée, la mise en scène d'Olivier Py navigue dans tous les registres du réalisme au naturalisme, de la poésie à l'emphase.

Aux côtés du patriarche, Bruno Sermonne impressionnant colosse aux pieds d'argile, les personnages s'apparient en binômes percutants : Michel Fau comédien unique qui a poussé la grandiloquence au rang des beaux arts, et Philippe Girard, comédien incarné buillonnant d'humanité déchue, les douloureux hystériques au jeu très physique, Nazim Boudjenah qui trouve ici son pendant féminin en Amira Casar et les fils élus, Matthieu Dessertine et Frédéric Giroutru deux très jeunes et talentueux comédiens.

Pierre Vial, Christian Maltot et Olivier Py complètent la distribution de ce spectacle hors norme.