Drame de de Jean-Pierre Siméon, mise en scène Christian Schiaretti, avec Laurent Terzieff, Johan Leysen, David Mambouch, Christian Ruché, Julien Tiphaine, Olivier Borle, Damien Gouy, et Clément Morinière.

Le Théâtre National de l'Odéon propose simultanément deux spectacles proches par le registre et la thématique, la parole et, d'une certaine manière, la filiation, qui se situent aux antipodes l'un de l'autre.

Si aux Ateliers Berthier, Olivier Py monte son dernier texte "Les enfants de Saturne" une tragédie familiale à l'antique dans une mise en scène flamboyante et un dispositif scénique impressionnant, à l'Odéon se joue une fable mythologique minimaliste.

Chistian Schiaretti, directeur du Théâtre National Populaire, met en scène "Philoctète", une variation à partir de la tragédie de Sophocle écrite par Jean-Pierre Siméon qui se présente comme une tragédie de la parole sous forme d'un long poème dramatique.

Dans une langue moderne et une rhétorique impeccable, il raconte l'histoire tragique du guerrier Philotecte, compagnon d'Ulysse que ce dernier a fait déporter sur une île déserte, le condamnant à la solitude et à la mort, à cause d'un pied infecté à la suite d'une morsure de serpent, juste punition d'une transgression d'ordre privée, et à qui Ulysse veut ravir son unique bien censé selon les devins faire tomber Troie, l'arc d'Héraclès. Celui-ci doit être récupéré par la ruse et le mensonge par Néoptolème, le fils du glorieux Achille défunt, instrumentalisé par Ulysse qui fait office de figure du père.

La mise en scène est aride, la scénographie réduite à un minimum de péplum, avec son déploiement de boucliers et l'apparition kitsch d'Héraclès chargée du happy end, devant et sur la grande scène de l'Odéon circonscrite à une bande de deux mètres de large impliquant un jeu quasiment frontal.

Mais il y a Laurent Terzieff dans le rôle de Philotecte. Laurent Terzieff qui revient sur la scène de l'Odéon, après un demi siècle d'absence, c'est peut-être l'événement de la saison.

Dans les imprécations comme dans les délires paranoïaques du vieux guerrier, Laurent Terzieff, corps décharné, peau transparente, voix sublime qui conserve intacte toute sa puissance, diction imparable, et qui, avec une liberté de jeu absolue et une maîtrise totale de la musicalité du texte, le joue et le déjoue avec une aisance déconcertante qui fascine le public.

Face à ce monstre sacré du théâtre, Johan Leysen est un Ulysse cynique dévoué à la raison d'Etat, retords à souhait, qui peut lui tenir tête. David Mambouch, dans le rôle du fils de héros, est bien vert encore tout comme le chœur pétrifié campé par de jeunes acteurs pour la plupart issus comme lui du TNP.

Mais il y a Laurent Terzieff...