Yan Caillasse pour son deuxième album (Remuer) Ciel & Terre commence avec des roulements de tambour pour signifier l'entrée d'un chapiteau aux mille figures rares. Yan Caillasse, disons-le tout de suite, est un groupe qui se compose de Yann Siptrott au chant, de Morgan Michaud à la basse, de Grégoire Butaeye au violon, accordéon, d'Eddy Claudel à la batterie, de Lionel Fouchet à la guitare.
Belle association d'artistes aguerris : Yann Siptrott est également comédien, Grégoire Butaeye fait partie du groupe LéOparleur. Originaires d'Alsace comme le regretté Bashung, les Yan Caillasse ont de l'énergie et de la générosité à faire partager.Un rock incisif qui rappelle la puissance de Noir Désir et les rages mélodiques des AC/DC.
Caillasse : le nom a de quoi faire frémir, évoquant, quoi au fait ? Cailler comme froid, comme lait, caille "vaste oiseau des m..." (euh non, ornithologuement parlant rien à voir !), jacasser, bécasse (idem), caillou, hibou (idem), genou, cadenasse... ou casser des cailloux à Cayenne comme chantait Higelin sur l'album Champagne. Les cailloux que Démosthène se plaisait à mettre dans sa bouche pour travailler son éloquence.
Dans les paroles des chansons de Yan Caillasse, les mots se bousculent, ricochent et cascadent, dessinant l'amour aussi bien que l'exil des rêveurs. Nous parlions de Cayenne, et ça ne tombait pas si mal : dans le répertoire fleuve de Léo Ferré, autre gourmet du verbe et de l'image qui détone, c'est "Merde à Vauban" que Caillasse retient pour cette fois, l'histoire du forçat qui pense à sa sylphilde, emmuré, au sein de la fortresse Vauban de l'île de Ré. Tandis que Claude Nougaro caresse le sein de sa belle adorée dans l'île de Ré.
Saute-mouton et pas chassés dans le répertoire de la chanson française. On la dit geignarde, dévitalisée et pire, quotidienne. Yan Caillasse tape du point et parle haut pour vous montrer le contraire. Arbouté sur des invités comme Kemar de No One Is Innocent et Denis Leonhardt du Weepers Circus, le groupe n'oublie pas la dimension politique : "Bienvenue à Youpiland" en est le meilleur exemple. Comme tout bon groupe de ska keupon qui clôturait, dans le squat, la manif étudiante de la journée. Rappelle-toi, l'ami, salut à toi, oh mon frère salut à toi peuple khmer, qui meuglait avec moi "Pe-tit a-gi-té". Comme les "Vaches sans terre" de Entre Ciel & Terre, ah la jeunesse qui attache son coeur au croc du boucher, sa joie aux étendards de l'euphorie. Elle a la nostalgie incompréhensible et l'envie d'hurler irrépressible. C'est en son honneur que chantent les Yan Caillasse, pour cette idée, qui irrigue les corps qu'ils soient vieux ou jeunes, l'âge de ses artères ! Hum ! Pour ces états extrêmes d'exaltation parfaite et d'abattement déprimé, en tout point absolus, pour un rock qui charrie des émotions violentes, qui submerge l'enfant et ébranle l'adulte et qui passe à côté.
Histoire d'y goûter, écouter les Yan Caillasse, c'est assez simple finalement.
