Réalisé par Jacques Audiard. France. 2009. Policier, drame. Avec Tahar Rahim, Niels Arestrup et Adel Bencherif.

Réussir à faire un film de 2h30 sur l'univers carcéral, en évitant les clichés poussifs et les partis pris facile ? La chose n'était pas aisé, loin de là.

Si Un Prophète a été encensé, toute presse confondue, de Télérama aux Inrocks en passant par Télé 7 jours, les raisons sont multiples, et en particulier cette réalisation fine et puissante de Jacques Audiard, qui montre tour à tour la violence quand il le faut, l'espoir (car il y en a), la solitude dans un monde de clans, et les moments de poésie lorsque le personnage principal (extraordinaire Tahar Rahim) est ailleurs.

Pour essayer de comparer aux autres films du genre déjà réalisés, on est loin du côté émotionnel chargé de La ligne verte, des errances violentes et politiques un peu facile de Au nom du père ou du côté un peu trop spirituel de Papillon. On a vraiment l'impression qu'Audiard a posé sa caméra à plusieurs endroits d'une prison française. Donc, sans rien trop dévoiler (comment ça ? Des personnes ne l'ont pas encore vu ?), le jeune Malik El Djebena débarque dans une prison contrôlée par un clan de corses qui va rapidement mettre le petit jeune à sa botte. Mais dans quelles circonstances ?

Rapidement, grâce la force d'un scénario diabolique et d'une caméra qui suit faits et gestes de Malik, le film grimpe vers une intensité (point d'orgue, une scène insoutenable mais nécessaire) durant une bonne demi-heure qui redescend petit à petit pour faire place à la routine carcéral, au milieu des petits jeux d'influence et des humiliations. Le réalisateur de Sur mes lèvres choisit aussi de tout dévoiler – les putes qui viennent, les trafics de shit, les études que peut reprendre Malik – probablement dans un souci de montrer la vraie vie carcérale, loin des clichés habituels car dans cette oeuvre, point de rébellions et d'évasions de détenus, ni de caricature de gardien fachos.

Encore une fois, grâce à un scénario affuté donc, le jeune Malik va rapidement mener sa barque, (à la manière d'un Ray Liotta dans Les Affranchis, d'ailleurs la violence âpre et sèche de Scorcese est ici pas loin) se détachant des mafieux corses qui l'entourent. Comme on le disait plus haut, la mise en scène est précise et la caméra s'immisce presque dans le corps du jeune Malik, pour mieux coller à sa vision.

L'alternance de scènes violentes, marquantes, et de séquences de poésie (les hallucinations et visions d'espoir du héros) en font indéniablement un grand film, intelligent, sensible et réaliste, d'autant plus qu'il est français, se frottant à un genre que l'on a pas l'habitude de voir dans l'hexagone.

N'oublions pas non plus la musique d'Alexandre Desplat, orchestrale mais tendue, qui rajoute à l'ambiance oppressante ainsi que la performance soufflante de Niels Arestrup, passant régulièrment d'un état de vieux moraliste suffisant à celui de taré flippant incontrôlable.

Si De battre mon coeur s'est arrêté m'avait impressionné, Un Prophète m'a littéralement subjugué. Dernière chose, j'attends impatiemment de voir Le Ruban Bleu d'Haneke pour comprendre pourquoi Un Prophète n'a pas eu la Palme d'Or.