Comédie dramatique écrite et mise en scène par Alain Gautré avec Patrick Bonnel, Jean-Pierre Darroussin, Pascal Elso, Florence Payros et Philippe Risler.
"La Chapelle-en-Brie". Le titre fleure bon le terroir français et les grandes plaines briardes de ce département de la France profonde qu'était la Seine et Marne aux portes de la capitale, département en pleine mutation, lieu d'implantation artificielle de villes nouvelles et du meilleur de la culture américaine avec le royaume enchanté de l'entreprise Mouse.
C'est au cœur de cette région qui est la sienne que Alain Gautré a situé l'intrigue de cette comédie dramatique en forme de chronique d'une famille ordinaire issue de la riche paysannerie française et plus exactement d'une fratrie, née dans les années 50, d'un pater familias à la haute stature, sur fond de parabole biblique avec le déluge météorologique métaphore de la fin d'un monde.
En effet, l'action se déroule la nuit de la Toussaint, qui fait suite à 40 jours de pluie sans discontinu qui s'abat de façon très ciblée sur cette commune dans laquelle seule une propriété, située sur un plateau, résiste à l'inondation. Le maître de céans, l'aîné des Cheutier, vieilli prématurément, qui se complaît dans l'acrimonie d'une vie ratée, va recevoir la visite pour le moins inattendue de ses trois frères.
Une visite pour d'ultimes retrouvailles, plutôt mouvementées, qui exacerbent les rancoeurs et les dissensions et vont marquer la fin d'une époque avec la révélation de ces inéluctables secrets de famille et, pour chacun d'eux, l'imminence d'un drame personnel.
Alain Gautré, qui assure également la mise en scène, a opté pour un réalisme poétique et flamboyant qui rappelle, par son alchimie tragi-comique, le théâtre populaire italien du début du 20ème siècle et notamment celui de Eduardo de Filippo et c'est particulièrement réussi.
Le propos sur la fin annoncée de ceux qui refusent le changement est satirique et la fable burlesque, toujours sur le fil du rasoir : le rire est souvent jaune, l'apitoiement le dispute à l'antipathie que suscitent des personnages terriblement ordinaires comme il y en a près de chez vous, avec juste ce qu'il faut de surjeu pour rapeller que tout cela reste avant tout du théâtre.
C'est dans une belle scénographie glauque et suintante à souhait concoctée par Sébastien Trouvé pour le décor et Orazio Trotta pour les lumières, que va se jouer le dernier épisode de l'histoire des quatre frères et de la dynastie des Cheutier.
Jean-Pierre Darroussin, en pyjama et en sandales à scratch, est époustouflant en vrai faux illuminé qui chante des bribes de cantiques, crée des grilles de mots croisés "briards" et vide une cave bien achalandée en têtant la dive bouteille, mais sans la foi de Noé.
Mocassins à pompons et air mafieux, Patrick Bonnel est le flic ripoux et magouilleur toujours au bord de l'apoplexie et Pascal Elso campe avec brio celui qui veut vivre encore, enfin, en brûlant ses dernières cartouches par les deux bouts Reste le petit dernier interprété par Philippe Risler, le musicien nomade, le quatrième mousquetaire. Peut être l'espoir.
