Lecture de textes écrits et interprétés par Richard Bohringer.
Pour paraphraser Richard Bohringer, un peu secoué par la maladie qui monte ce soir sur la scène du Trianon pour dire ses textes dans le cadre d'un festival consacré au registre du seul en scène, c'est beau un homme sur scène.
Un homme, un acteur, un comédien, un poète, un chanteur sans musique qui délivre des visions fulgurantes, des déflagrations imprécatoires, des dérives poétiques et des souvenirs flamboyants dans une prosodie qui n'appartient qu'à lui.
Richard Bohringer a brûlé la vie par les deux bouts, s'est brûlé les ailes aussi, a longtemps confondu le jour et la nuit. Il a des bleus à l'âme et a couru la terre pour en chercher des bouts qu'il rapporte de ses voyages lointains comme de ses voyages immobiles dans la tournée des bars pour étancher sa passion de ce qu'il appelle "le bel acool" auquel il a dû renoncer, un renoncement qui lui a inspiré une ode baudelairienne.
Baudelairien et parfois rimbaldien quant il évoque les grands bateaux gris du départ vers un ailleurs transcendé par l'imaginaire et ce sont ces bouts d'âme qu'il a couchés sur le papier avec grâce et rage, qu'il dit aujourd'hui avec sa voix tannée qui résonne comme une calebasse et une prosodie syncopée qui n'appartient qu'à lui.
De Longwy à Dakar en passant par Paris et Harlem, il se fait conteur d'histoires à la manière des griots d'Afrique, de ce continent où il a posé ses bagages. Le public fidèle est subjugué. Un public fidèle pour lequel il monte sur scène. Le public est fidèle mais le cinéma le délaisse. Il le dit. Pas d'amertume mais un peu de tristesse, de désenchantement aussi pour celui qui voulait mourir à 20 ans et qui aujourd'hui veut rester, mais dit-il il lui reste l'écriture. Ou plutôt il y a l'écriture et il ne faut pas qu'il lâche la plume.
Le vieux lion qui se désaltère sur le bord intime des rivières rugit encore. "Vous leur direz en sortant que je ne suis pas mort !".
