A l'occasion du cinquantième anniversaire de la création du Ministère de la Culture et en hommage à André Malraux, aventurier, écrivain, homme de culture, et ministre instigateur des "Maisons de la Culture" qui permit, lors du grand chantier démolisseur du quartier du Montparnasse, la sauvegarde des ateliers d'artistes du 21 avenue du Maine, où siège aujourd'hui notamment le Musée du Montparnasse ont été sauvegardés, Jean-Marie Drot a conçu en ce lieu une exposition intitulée "Le dernier voyage d’André Malraux en Haïti".

Et Jean-Marie Drot, écrivain, journaliste, fondateur dudit musée, connait bien son sujet puisqu'il a réalisé, dans les années 70, appuyé sur de nombreux entretiens, un "Journal de voyage avec André Malraux à la recherche des arts du monde entier" composé de 13 films, désormais disponibles en DVD, qui les a entraînés vers les cinq continents pour constituer le fameux musée imaginaire malrucien.

Ce périple s'est achevé à Haïti, ultime voyage de Malraux avant sa mort, où il rencontre les peintres de la communauté de Saint-Soleil, instigateurs d'une peinture habitée par le vaudou qui avait déjà enchanté André Breton.

Sous titrée "la découverte de l’art vaudou", cette exposition transdisciplinaire, qui réunit art pictural et vidéos, offre un beau panorama de la peinture haïtienne et permet de prendre la mesure du rôle du sacré, et, en l'espèce, du vaudou, reconnu religion officielle en Haïti en 1987, avec les œuvres des plus grands artistes haïtiens de ces trois dernières décennies.

"L’expérience la plus saisissante de la peinture magique du XXème siècle”

Ainsi Malraux parlait-il de la peinture qu'il découvrait pratiquée par la communauté de Saint-Soleil à Haïti, par ce "peuple de peintres" pour qui la peinture est une forme d'expression traditionnelle, fondée par deux artistes haïtiens, Maud Gerdes Robart et Jean-Claude Garoute (Tiga) qui prône le retour aux racines profondes de la culture haïtienne en réaction aux dérives de la peinture naïve touristique qui envahit l'île.

De cette école d'art populaire émergeront des peintres autodidactes, des hommes et des femmes souvent illettrés, dont un quintet de talents internationalement reconnus, Louisiane Saint Fleurant, Denis Smith, Dieuseul Paul, Levoy Exil et Prospère Pierre Louis qui créeront ensuite le groupe informel des Cinq soleils et qui constituent l'influence majeure de la peinture haïtienne contemporaine.

Sous de fausses apparences d'art naïf, ("Le peintre naïf est appliqué, celui de Saint-Soleil est visité" écrivait André Malraux), l'art vaudou haïtien transfigure la réalité et s'apparente autant à l'art primitif, à l'art brut siècle qu'à l'art libre pratiqué par le groupe CoBrA.

Des procédés plastiques récurrents comme le pointillisme et la pratique des effets d'optique, une palette chromatique aux couleurs saturées, un panthéon syncrétique et des personnages inspirés entourés de chimères puisant leur origine dans la faune marine et la fonction de rendre visible l'expérience du sacré caractérisent l’art pictural vaudou haïtien ensuite décliné différemment par chaque artiste qui développe son propre style.

A côté des pionniers tels Robert Saint Brice, chef de file de l'école de "la peinture des rêves", sont exposés des oeuvres de Édouard Duval-Carrié ("Hector et son Mentor", "La triste fin de J. Stéphen Alexis") au travail plus politique, de Freddy Cherasard ("Le marché aux esclaves") qui revisite l'histoire de son pays et du sculpteur Lionel Saint-Eloi dont "L'Ange Princesse" accueille les visiteurs à l'entrée du musée et des artistes de la nouvelle génération tels Stivenson Magloire à l'expressionnisme affirmé et Franz Zéphirin et sa grande fresque infra-marine ("Le destin cosmologique de Haïti").

Durant l'exposition, est diffusée au sein du musée l'intégralité des films du "Journal de voyage avec André Malraux à la recherche des arts du monde entier" et des conférences débats et tables rondes s'y dérouleront à l'initiative du Service Culturel de l'Ambassade d'Haïti au tour du thème "Sur les traces des intellectuels et artistes haïtiens de l'Ile à l'Ailleurs".