Texte de Fougeret de Monbron, mis en scène d'Alain Sachs, interprétés par Cerise

Adapté d’un roman libertin de Louis Fougeret de Monbron, écrit dans l’incomparable langue du 18ème siècle, Margot la ravaudeuse est le récit d’une jeune fille du petit peuple miséreux de la capitale que les aléas de la vie, la jolie figure et les penchants libidineux clairement affichés, conduisent à devenir fille de joie, puis femme galante et courtisane avant d’intégrer l’opéra comique et à gravir l’échelle sociale, quelque peu parallèle, le but étant de sortir du ruisseau et de se constituer une rente.

Et Margot est pleine de gouaille et d’humour, de bonne humeur même lors des pires vicissitudes, et ne se défait jamais de son solide bon sens qui l’aide à ne jamais se laisser détourner de son but.

Ce petit bijou de la littérature libertine prend vie sous nos yeux grâce à l’interprétation toute en finesse et légèreté de Cerise qui nous distille la prose du 18ème siècle avec un naturel et une aisance tout à fait remarquables, incarnant de surcroît, avec justesse et crédibilité, tous les personnages, souvent hauts en couleur, qui entourent la jeune Margot.

Auteur également d’une judicieuse adaptation qui conserve les dialogues croustillants des gens de petite vertu, elle réussit, sous la houlette d’Alain Sachs qui signe une mise en scène alerte, vivante et inspirée, à éviter l’écueil du récit linéaire et du one-woman-show pour nous donner un véritable spectacle théâtral.

En effet, les deux compères ont opté pour une représentation dans la représentation voire même plus comme l’indique Alain Sachs : "Avec ce miroir à trois faces, Margot la ravaudeuse s’efforcera de devenir, avant tout et par tous les moyens, un véritable spectacle de théâtre".

Et l’actrice paraît avec son caniche, son cache cœur noir, sa jupette des années soixante ceinturée d’un Encore en strass et son sac en paille. Elle s’installe dans sa loge pour s’y préparer avant le lever de rideau sur un pièce dans laquelle elle jouera Margot la ravaudeuse.

L’actrice répète son rôle. Et ce n’est pas seulement qu’une répétition, Margot prend vie sous nos yeux en racontant son histoire et en endossant jupon et corset. Mutine, coquine, cocasse, l’œil pétillant de vivacité, séductrice, elle joue avec le spectateur comme elle se joue de ses protecteurs.Au fur et à mesure, le travail d’identification opère jusqu’au moment où elle est enfin revêtue de ses atours et que sont frappés les trois coups.