La philosophie orientale nous a apporté la conscience de la nécessité pour ainsi dire cosmologique de l'inter-pénétration du ying et du yang. En cela, elle rejoint en quelque sorte la problématique platonicienne de la contrariété (on se contentera ici de renvoyer au Parménide, dialogue crucial qui livre, notamment, de précieux développement sur le Même et l'Autre). Plus trivialement, on trouvera encore un écho de la même intuition fondamentale dans la déréalisation (moderne et post-moderne) des valeurs, qui a pu dessiner dans l'imaginaire commun une "invalence" axiologique généralisée, couramment exprimée dans l'idée d'une pan-relativité.

En d'autres termes : putain, les choses sont jamais si simples qu'on pourrait le croire, pas vrai ?

C'est ainsi que Mycelium a tout pour plaire sur le papier : une formation atypique (combo rock + flûte traversière), des références aux allures de best-of du rock prog' mélodique des années 70 (ces autres flûtistes de Jethro Tull, of course, mais aussi : Pink Floyd, Caravan...), la volonté déclarée, surtout, de dépasser tout ce qui peut ressembler au biberonnage mainstream imposé par les médias de masse. On en salive déjà.

Au final, leur EP Carnival Daze ne se montre cependant pas à la hauteur. Six titres de deux à quatre minutes chacun, pour un total de vingt et une coupable concision qui interdit formellement au rock de se faire progressif. Rien d'aérien, rien de tellurique, ici. Rien que des pièces de rock à moustache – cachant coquettement un bec de lièvre, comme dirait l'autre, peut-être ? On peut le supposer tant le chant, tantôt en français, tantôt en anglais, manque de profondeur et de nuances.

Quant à l'originalité revendiquée, elle s'éclipse parfois au profit de développements on-ne-peut-plus convenus ("Another Madman's laughter", titre d'ouverture appliqué à défaut d'être inspiré), qui rappelleront autant les Red Hot Chili Pepers les plus commerciaux ("Nothing is wrong with me") que votre groupe de copains de lycée, à l'époque où l'on faisait du rock-ska-punk-psychédélique faute d'arriver à se mettre tous d'accord. Jusqu'à la production du disque, que l'on aurait souhaitée meilleure... On aura donc du mal à trouver de bonnes raisons de sauver cet EP.

Le disque, c'est de la musique en conserve ; mais de la conserve industrielle, façon raviolis repoussants en sauce-presque-tomate à la conserve artisanale, genre foie-gras paysan dans sa graisse, rustique et authentique, il y a pas mal de distance. Mycelium réussit à grand peine à réchauffer une bouffe peu savoureuse. Un bel appétit, mais on est encore loin de la toque d'or.