Corinne Lepage constate que "le capitalisme financier a abandonné l’utopie d’une égalité recherchée comme objectif démocratique" et elle tente de prouver dans cet essai qu’un système économique écologique sauvera la planète et tous ses habitants humains, animaux et végétaux de l’anéantissement. Pour elle il faut intégrer dans les calculs d’une croissance régulée, le capital naturel (les ressources de la terre et des espèces), le capital culturel, le capital social, le tout constituant le patrimoine collectif : "Substituer au bien-être pour tous le bien vivre ensemble !"
L’auteur, avocate et ministre de l’environnement entre 1995 et 1997, nous démontre la validité de son propos à l’aide d’une documentation solide et des arguments économiques, éthiques et civiques. Pour cette écologiste, il suffit de convaincre les multinationales, les banquiers véreux, les actionnaires mercantiles, les gouvernements manipulés et les citoyens décérébrés profiteurs de la consommation/plaisir au détriment des générations futures.
Son essai me rappelle d’autres écrits de visionnaires du siècle dernier qui nous mettaient en garde contre le manque de respect de la nature, la production effrénée, l’élevage industriel entrainant des déséquilibres alimentaires entre le nord et le sud, les catastrophes humanitaires à grande échelle : René Dumont, célèbre agronome candidat du mouvement écologique pour une autre civilisation, recueille aux présidentielles le 5 mai 1974 1,3 % des voix !!! L’analyse actuelle de madame Lepage contre le capitalisme financier ne serait-il pas la conséquence logique du capitalisme tout court ? Elle ne répond pas à cette question et je ne crois pas que ce système se soit jamais construit sur un principe d’égalité et d’un bien-être pour tous encore moins dans le but du "bien vivre ensemble".
Corinne Lepage rêve d’un monde de travailleurs-euses – qui serait entrepreneurs-euses – comme une nouvelle panacée sans payer d’impôts sur le revenu au bénéfice d’une taxe sur les ressources intégrée dans le prix des marchandises et des services avec des allocations familiales pour les plus modestes, elle semble oublier la pauvreté galopante dans les pays industrialisés et la misère exploitée dans ceux en voie de développement ou dits sous-développés. Son essai s’adresse aux nantis d’hier et d’aujourd’hui qui s’affolent trop tard de laisser à leurs enfants et petits-enfants un sol bourré de pesticides, de l’eau polluée ou convoitée, le dérèglement climatique, des emplois hypothétiques, des guerres tribales et religieuses.
"Le temps des certitudes idéologiques est dépassé… et le politique est déconsidéré puisque le système (lequel ?) s’est révélé incapable de s’adapter au contexte de risques et d’insécurité" écrit-elle en conclusion. Cette remise en question du politique au profit d’une société civile – comme si nous défendions tous les mêmes intérêts – responsable, citoyenne me laisse perplexe. L’un n’empêche pas l’autre et le 7 juin je déposerai mon enveloppe dans les urnes pour les élections européennes, et vous ?
