Prague 1969. Le premier printemps de la République socialiste tchèque. A l'âge difficile de l'automne de sa vie, la gérante et caissière, archétype de la patronne du grand café, règne sur le microcosme d'un café d'Etat.

Elle observe ses serveuses et surtout l'une d'entre elles, une jeune slovaque dont l'insolente gaité lui crève le coeur. Elle sera le premier témoin de son histoire d'amour avec un jeune opposant politique. Un amour qui naît sous ses yeux, d'une rencontre fortuite, et dont elle deviendra ensuite la narratrice subjective, palliant au manque d'informations par des transpositions avec sa propre histoire, vécue bien des années auparavant, et qui présente d'étranges similitudes, comme si tout recommençait toujours.

Plus se déroule le fil qui conduit à la tragédie, plus cet avatar d'elle-même lui attire autant de compassion que de jalousie ("mon double aimé et haï"), jalousie pour cet amour, cette envie d'amour dont elle doit faire le deuil, plus les histoires se confondent au point où le lecteur est amené à envisager l'hypothèse d'une narration autofictionnelle.

Comédienne, auteur dramatique et écrivain, Françoise Henry a la plume sensible pour évoquer tant l'atmosphère intime de la capitale tchèque que l'étrange climat de plomb qui pèse sur ses habitants pendant que se déroule les pires exactions et la beauté de l'amour absolu pris dans les tourmentes de l'Histoire.