Avale. Tout un programme. Avec un bel appétit de provocation maline, qui illustre leur soif d'en découdre autant que l'intelligence de leurs voix, les jumelles Stéphanie et Audrey Chamot, sous le nom de groupe Chamot(s), proposent un deuxième album réjouissant d'une électro-punk littéraire hyper-sensible et hérissée.

"Chant-son rock-électro" ; élégante expression qui rend parfaitement compte de la réalité de la musique. Comme si Björk était une punk française – et cultivée. L'espace sonore est ici découpée par les assauts de samples ravageurs et autres élaborations synthétiques. Quelques guitares, aussi. Il oscille de l'apesanteur à la cohue d'une bousculade de masse. Pour mieux porter ces chants, murmures et cris qui font véritablement l'âme du projet et le singularise – il est si rare que les musiques électroniques soient si verbales, et avec tant de justesse.

Littéraire et théâtral, l'univers des sœurs Chamot l'est indubitablement, puisqu'elles sont également comédiennes, qu'elles confient une partie de l'écriture de leurs textes au romancier Caryl Férey, qu'elles travaillent la scénographie de leurs concerts avec un véritable metteur en scène (Maud Leroy). L'amour des mots, l'amour du sens. L'énergie n'exclut pas l'intelligence.

Résultat : les compositions de Chamot(s) ont vraiment une couleur particulière, une personnalité très affirmée. Souvent grinçante, voire carrément révoltée, leur musique a quelque chose de heurtant. Comme la face obscure du dernier Katerine – comme si ses robots, après-tout, n'avaient rien de drôle mais menaçaient véritablement l'humanité (de façon anecdotique on entendra d'ailleurs peut-être dans "Faut pas exagérer" de celles-ci des ressemblances avec le "Marine le Pen" de celui-là).

L'album est ainsi tout entier construit sur la dualité (pour ne pas dire : la gémellité) : alternance de voix chaudes, douces (qui rappelleront peut-être celle de Charlotte Etc sur "Face à face" ou l'introduction de "À la casse") et débordements vocaux ; opposition du dépouillement et de l'exubérance ; de l'électronique et d'un certain minimalisme. Une belle réussite, dont on a hâte de pouvoir aller vérifier la consistance sur scène.