Monologue écrit par Chloé Delaume, interprété par Anne Steffens dans une mise en scène de Hauke Lanz.

A l'affiche de l'édition 2009 de son festival Etrange Cargo consacrée au théâtre, la Ménagerie de Verre, lieu de création et d''expérimentation transdisciplinaire, propose un rendez-vous théâtral avec des formes exploratoires dont le spectacle "Eden matin midi et soir".

Spectacle n'est peut être pas le terme totalement adéquat en l'espèce pour cette création au long cours qui ressortit du "work in progress".

L'auteure, Chloé Delaume, qui se présente elle-même comme un personnage de fiction, et qui entend fabriquer de la littérature expérimentale dans laquelle la langue est à la fois outil et matériau, a écrit un monologue, un texte très travaillé spécifiquement destiné à la comédienne Anne Steffens et au metteur en scène Hauke Lanz pour opérer une novation en objet théâtral.

Ce texte initié à partir d'une donnée sociologique factuelle et désincarnée, la fréquence des suicides, un tous les 50 minutes, est transposé à la première personne du singulier par la bouche d'une jeune fille qui revendique le droit au suicide comme seule issue volontairement souhaitée à un état pathologique qui ne serait pas de l'ordre du psychiatrique mais du constitutionnel et dénonce l'intrusion permanente du corps social assisté du corps médical dans la vie personnelle et intime des individus.

Cette problématique s'inscrit totalement dans les préoccupations du jeune metteur en scène d'origine suisse Hauke Lanz qui vient de monter dans un registre analogue "Les névroses sexuelles de nos parents" au Théâtre Paris Villette qui traitait de la réaction sociétale radicale face au handicap mental qui déstabilise les certitudes. Un préoccupation et un travail qui s'inscrivent dans l'héritage du théâtre d'avant garde des années 70 avec l'expérimentation des formes alternatives, la vison politique du monde comme fondement même du théâtre et le détachement de l'existence.

Sur le sol recouvert de papiers brillants comme des papiers de bonbons vintage, Anne Steffens est la thanatopathe qui, après un énième suicide raté, balaie son parcours suicidaire pour ordonner son discours à travers la multitude de voix qui l'assaillent. Sa prestation est d'autant plus troublante qu'émane de la comédienne une impressionnante énergie vitale.