Drame de Heiner Muller, mise en scène de Elizabeth Marie, avec Marc-Henri Boisse, Bernard Bouillon et Ludovic Maux.
"Philoctète" résulte d'une nouvelle collaboration entre le comédien Marc-Henri Boisse et Elizabeth Marie, après "Une sale histoire" d'après "La Douce" de Dostoievski chroniqué en ces pages cet hiver. Avec "Philoctète" il s'agit encore pour l'acteur de se confronter à un texte exigeant et dense, car le héros monologue, divague, fait le beau, trop heureux de se réveiller d'un long silence, d'un exil de dix ans au milieu de l'Océan.
Philoctète, blessé pendant la Guerre de Troie, trahi par les Grecs, a été conduit par Ulysse sur l'île de Lemnos. Perdant toute notion du temps, le fameux archer qui reçut ses armes d'Héracles en personne est abandonné, blessé à la jambe, face à lui-même, entouré de vautours qui guettent son cadavre. Lemnos est une île hostile, ingrate où Philoctète s'est construit un abri dans un flanc de colline. Oublié des Dieux, ils songent encore aux Grecs et à Ulysse qui le rejeta hors de la scène.
Or ce dernier a de nouveau besoin de lui, il met ses espoirs dans son retour afin d'accélérer la fin des hostilités. Manipulateur, il engage Néoptolème, le fils d'Achille dans son stratagème: à lui de convaincre le vieux blessé. Seulement le jeune guerrier ne sait se décider, partagé entre l'intérêt des Grecs et sa sympathie pour l'exilé, dépossédé de son rang. Que décidera Philoctète à qui on propose la liberté, le retour au pays, au prix d'un pacte avec son ennemi ?
L'auteur dramatique allemand Heiner Müller reprend cet épisode mythique pour y lire encore la condition de l'homme moderne, bouc émissaire, mi sacré, mi profane, objet de haine et de désir de la société. Ulysse, figure de l'homme d'Etat, saura se servir de Philoctète, qu'il soit mort ou vivant. Comment ne pas voir dans le héros, un symbole de l'artiste, pris dans les fils de sa conscience ?
Ce texte profond et riche de lyrisme et de subtilité est incarné par Marc-Henri Boisse, Bernard Bouillon et Ludovic Maux, des comédiens qui se complètent parfaitement pour nous plonger dans cette pièce-monde qui s'installe progressivement et durablement dans les mémoires comme une percée vers le drame universel.
