Dans Beau Rôle, c’est l’histoire d’un acteur qui a acquis une certaine notoriété suite à son rôle dans un film intitulé White stuff. Au cours du livre, nous apprenons également qu’il est métis, soit né d’une mère française et d’un père originaire des Îles.
La situation de cet homme appelé Antoine Mac Pola permet à Nicolas Fargues de jouer habilement sur cette force du préjugé évoquée jadis par Pierre-André Taguieff. Outre la notoriété fallacieuse qu’auréole l’acteur devenu fatalement un dieu au-dessus des hommes, il y a ainsi le racisme dont Antoine, par ses réflexions, côtoie les limites pour mieux les dépasser.
Au lieu d’adopter la simple attitude morale, toujours dangereuse parce qu’elle crée une distance avec la réalité, l’auteur préfère entrer de plein pied dans le cercle de la peur. L’effroi devant l’étranger, l’effroi devant l’Autre marqué par sa couleur de peau. Aussi distille-t-il page après page ce racisme ordinaire dont son personnage principal est lui-même empreint.
Antoine Mac Pola est, en effet, partagé entre sa position d’Occidental comblé de par sa mère et son appartenance à la famille de son père. Au sujet de cette dernière, l’auteur offre une description réjouissante en raison de son alacrité : le père est un vieux patriarche frustré et cassant avec toute la famille ; les frères, malgré un statut de privilégié, demeurent en dessous de ces autres privilégiés que sont les blancs ; les belles-sœurs sont, quant à elles, victimes de maris brutaux et machistes ; etc.
Cependant, Antoine Mac Pola reste, malgré tout, du bon côté. Par sa situation d’acteur reconnu, il peut donner l’illusion de sa supériorité aux gens dits normaux. Présent à un dîner offert par un ancien camarade de lycée, il a tout le loisir de parler de cinéma devant les invités, et de développer longuement sur un réalisateur américain tel que Steven Soderbergh. Ses références sont, bien entendu, éloignées de toute ambition esthétique et de toute cinéphilie. Mais il est l’acteur célèbre, et chacun se sent contraint de l’écouter.
De même qu’il en profite pour embarquer, lors de cette soirée, une femme juste potable à son goût et de coucher avec elle. Ou encore, par le cinéma, il approche les stars inaccessibles comme la comédienne Aliénor Champlain : il retrouve l’actrice à Saint-Pétersbourg et, partant, fait la couverture de Public.
Finalement, Antoine Mac Pola est un individu quelconque : un peu veule, mais certainement gâté par la vie.
