En 1999, Gérard Guégan publie chez Flammarion Les Irrégulières, suite d’un ouvrage paru vingt-cinq ans auparavant et intitulé Les Irréguliers. Or, l’auteur a eu la bonne idée de rassembler ces deux histoires dans le même livre.

Il est question tout particulièrement de Mai 68 et de ses prolongements dans le terrorisme. Avec Les Irrégulières, Gérard Guégan commence par un échec, celui de toute une génération qui a perdu ses illusions. Yann Cloarec était le chef d’un groupuscule appelé Victoire prolétarienne. Il a passé plusieurs années en prison. Frédéric Lafargue est le destinataire d’une cassette vidéo sur laquelle l’on voit Yann Cloarec se suicider tout en demandant de rechercher celui qui a trahi la cause de son groupe.

Cependant, Lafargue est tout, sauf la personne qui puisse se charger d’une telle besogne. Être désabusé, il se protège des autres en adoptant un humour qui montre les souffrances passées, bref, la perte de l’espoir. Mais justement, Frédéric Lafargue va peu à peu se mettre en quête de cet hypothétique traître. Il ne le trouvera pas, ou plutôt il découvrira en fin de compte cette dernière raison encore d’espérer. Les irrégulières se termine, en effet, sur cette rencontre entre Frédéric Lafargue et la fille de Yann Cloarec.

Dans Les Irréguliers, au contraire, nous sommes loin du "cynisme" d’un Frédéric Lafargue. Après Mai 68, se pose le problème de l’action qui doit transcender les débats théoriques. Guy Debord (Antoine Peyrot dans le roman) est effectivement la cible ("Une seule passion dominait Antoine Peyrot : celle de son renom.") de ceux qui rêvent d’en découdre avec l’autorité, qu’il s’agisse du gouvernement en place ou d’un parti communiste institutionnalisé. Bref, Les Irréguliers relate l’entrée en clandestinité de Yann Cloarec et de ses hommes. Le roman conte surtout le succès de l’entreprise d’êtres humains décidés au sacrifice.

Ainsi, les deux romans aboutissent chacun à une fin ouverte. Une fin marquée par l’espérance. Mais ce qui frappe, c’est le besoin de vie inhérent à ces deux miroirs qui se font face, celui d’une jeunesse dissidente et celui de cet âge meurtri par les années et la réalité.

Par conséquent, Les Irrégulières, ouvrage particulièrement construit parce qu’il joue sur l’attente du lecteur, contient, de par sa conclusion, l’ensemble des deux livres. Les Irrégulières et Les Irréguliers constituent un éloge de la jeunesse en particulier et un appel à la révolte en général.

Ils correspondent à ce vitalisme propre à chacun d’entre nous ; d’autant plus que, par ces deux récits, Gérard Guégan laisse la porte ouverte à l’imagination, une imagination qui tente de rapprocher les personnages séparés par le temps.