L'année 2008 a été "l'année Guitry", auteur fécond de la première moitié du 20ème siècle, nombre de ses pièces ayant été à l'affiche des théâtre parisiens et l'oeuvre célébrée par l'exposition "Sacha guitry - Une vie d'artiste" que lui a consacré la Cinémahèque Française.
Jean-Laurent Cochet a triomphé avec "Aux deux colombes" pièce peu connue qu'il a monté et joué à la Pépinière Théâtre et qu'il a exhumé, au bons sens du terme, puisqu'elle n'avait pas été reprise depuis sa création.
Autre exhumation judicieuse, celle dans lequel il a puisé avec Pierre Delavène pour concevoir, sous le titre "Correspondance inattendue", un spectacle conçu à partir de textes quasi inconnus. Le succès de ce spectacle, dispensé au théâtre Tristan Bernard, a conduit les Editions Fallois a rééditer l'ouvrage qui était devenu introuvable.
Intitulée "La correspondance de Paul Roulier-Davenel", cette oeuvre de jeunesse de Sacha Guitry parue en 1909 alors qu'il avait déjà tâté de l'écriture théâtrale, procédait à la compilation de chroniques journalistiques parues dans un périodique illustré réputé, la revue Comoedia consacrée, comme son titre le suggère, à l'actualité du spectacle vivant.
Ecrites sous forme d'une correspondance imaginaire, ces chroniques lui permettaient, sous couvert d'un artifice littéraire certes un peu potache, d'aborder par le factotum d'un homme un brin frivole et mélancolique doublé d'un auteur dramatique prolifique mais peu célébré, tous les thèmes récurrents qui lui tenaient déjà à coeur.
Et comme l'indique Jean-Laurent Cochet, qui en signe l'avant-propos, " tout est faux dans ce livre sauf le talent du véritable auteur". Un talent polymorphe qui s'est épanoui à la lumière de l'élite politique, littéraire et artistique que fréquentait ses parents, comédiens célèbres.
Dandy éclairé qui irradiait la jet set de son époque, incarnation du bel esprit parisien, il explorera tous les registres de la création artistique et sa plume aiguisée célébrait la belle langue française avec un incontestable sens de la formule.
Illustré par Guitry lui-même de portraits de personnalités avec le sens aigu de la ligne qui le caractérise, silhouette en ombre chinoise comme celle de Tristan Bernard ou au trait minimaliste pour Mayol, cet opus est un régal dans lequel se révèlent notamment l'admiration pour son père ("Lucien Guitry est, je crois, l'unique comédien dont l'intelligence n'ait pas été un obstacle à sa carrière."), l'amour parfois ambivalent des comédiens ("Je connais rien de lamentable et de plus touchant à la fois que le vieil acteur qui lutte") et du beau sexe.
Plus précisément sur le théâtre, Sacha Guitry s'épanche volontiers sur la médiocrité des directeurs de théâtre ("On est effrayé lorsque l'on songe aux boutiquiers qui dirigent nos théâtres à Paris") et vilipende sans compter les journalistes spécialisés dans la culture et plus spécifiquement attachés au théâtre ("La critique dramatique est inutile donc nuisible").
Truffé d'humour parfois caustique, qui préfigure bien ce qu'il sera à sa maturité, ce recueil épistolaire est donc, comme l'indiqué l'auteur, dédié à ceux qu'il amusera.
