Mais quelle mouche a donc piqué Amira Casar pour accepter de tourner dans le dernier film de Catherine Breillat ? Mystère et boules de gomme.
Car ce huis clos sexuel et sanguin entre une femme, Amira Casar, qui paye un homosexuel pour la regarder « là où elle n’est pas regardable », et cet homme, Rocco Siffredi, qui découvre ainsi le corps d’une femme dans son intimité la plus secrète et la plus crue, tourne vite au cauchemar filmique pour le spectateur.
Le jeu des acteurs est désastreux : Amira Casar et Rocco Siffredi ne sont pas convaincants, ils récitent leur texte froidement, sans donner l’impression de l’avoir compris et intériorisé. Les dialogues, obscurs et abscons, manquent de naturel et sonnent faux. Aucune émotion n’est palpable dans ce face-à-face sur-intellectualisé. Le flot de paroles et la voix off de la réalisatrice n’arrivent pas à masquer le néant et le vide absolu de ce film dans lequel il ne se passe rien.
Empruntant l’unité de lieu (une maison isolée, juchée en haut d’une falaise) à la tragédie grecque, en oubliant de l’enrichir d’une intensité dramatique, d’une consistance et d’un contenu, la réalisatrice s’avère bien incapable de passionner le spectateur. On rencontre bien tous les ingrédients d’un film qui se veut choquant, provocateur et scandaleux, allant au-delà de ce que la morale réprouve, mais le résultat est malheureusement là : Anatomie de l’enfer est insipide, fade et creux.
Catherine Breillat n’a pourtant pas froid aux yeux, et nous en fait voir de toutes les couleurs. La réalisatrice au parfum de scandale exhibe une fois de plus sa fascination pour l’obscénité, la jouissance, la nudité, l’identité de la femme à travers son sexe et son rapport de force avec celui de l’homme. Ce film est noir, sombre, glauque et malsain, mais aussi rouge, à travers les pulsions morbides, suicidaires et autodestructrices de l’héroîne, ainsi que son sang qui coule, impur, répulsif et paradoxalement attractif.
La provocation de Catherine Breillat ne choque plus. Elle est ridicule et grotesque.
