13, chiffre porte bonheur ou l’inverse, qui se conjugue aujourd'hui avec la "girl attitude" des pré-adolescentes en quête d'identité et de reconnaissance.
Le choc de l'adolescence rien de nouveau direz-vous. Certes, mais quand vous voyez la gamine, dans le contexte d'une famille éclatée de condition modeste en banlieue urbaine américaine, jeter avec détermination ses peluches et barbies à la poubelle vous pouvez raisonnablement penser que la dérive n'en sera que plus brutale et violente.
Premiers plans : deux gamines shootées se donnent claques et coups de poing. En quatre mois, menant quasiment une double vie, Tracy a basculé de l’enfant studieuse à la petite pouff au bord de l’hystérie, amorale, perverse, qui fume, boit, sniffe, ment, vole, suce, chaque minute devant être consommée et consumée avec rage, qui à force de vouloir paraître et être reconnue se marginalise aussi bien socialement qu'affectivement alors qu'elle est en recherche permanente d'amour.
Mais Tracy n’était pas tout à fait aussi lisse et heureuse qu’il y paraissait. Le mal de vivre prééxistait chez cette gamine d’une famille décomposée, une mère, ex-droguée, jeune encore qui a envie aussi de vivre une vie personnelle et qui a du mal à joindre les deux bouts, un père remarié et lointain, qui s’inflige des blessures quand la douleur est trop intense, automutilation pour tenter d’évacuer hors de soi la douleur mentale et pour que la souffrance physique prenne le pas sur cette dernière.
L’envie de sortir de l’anonymat, de rendre jalouses les filles de son bahut, d’exciter la convoitise des garçons et l’attirance équivoque qu’elle éprouve pour Elviza, jeune lolita délurée et provocatrice, enfant livrée à elle-même et qui navigue sans complexe en parasite s’affranchissant d’autant plus facilement de toute règle dès lors qu’elle n’est intégrée dans un aucun milieu ni social ni familial l’entraîne aux confins de l’horreur, horreur recherchée par une fille qui entretient un rapport tout particulier avec la douleur physique (automutilations, piercing…).
C’était peut être cela la descente aux enfers inexorable, le voyage initiatique pour quitter l’enfance. Quatre mois pour se rendre compte que cet affranchissement excessif n’est pas si libérateur que cela et qu’il ne résoud pas ses véritables problèmes.
A noter que cette histoire se déroule dans une société qui brille par la détresse des femmes, divorcées, laissées pour compte, vivant d'expédients, et l’absence des hommes. Non pas l’absence physique mais morale, des mecs complètements impuissants, perdus, obéissants ou démissionnaires.
Catherine Hardwicke nous offre un film brutal qui montre les choses avec la rigueur presque froide d'un documentaire tout en ne cédant ni au voyeurisme ni au systématisme à partir d'une histoire vraie, l'adaptation du roman autobiographique de Nikki Reed, l’interprête du rôle d’Elvie, tout en laissant entrevoir une lueur d’espoir en laissant aux parents un rôle à jouer face à ces fausses adultes qui sont encore des enfants.
Le film est servi par une excellente interprétation : Holly Hunter en mère aimante qui passe par toutes les étapes de l’inquiétude à la démission, du désarroi à la colère, Nikky Reed en Lolita infernale et surtout, dans le rôle principal, Evan Rachel Wood dans un rôle tout en nuances.
Rien d’étonnant dès lors que ce film ait obtenu de nombreux prix dont le Prix du jury du 29e Festival du cinéma américain de Deauville.
