A l'heure où se prépare discrètement le troisième album de The Marigold, le label De bruit & de silence a l'excellente idée de prendre en charge la distribution française d'Erotomania, deuxième album du trio italien, sorti en 2007 de l'autre côté des Alpes en coproduction I dischi del minollo / Deambula Records. Un très grand minuscule événement de l'actualité musicale en France.
L'amateur de traversées transalpines risque fort de se retrouver en terrain familier à l'écoute de cet Erotomania. Non pas celui pour qui l'oeuvre (majeure) de Zucchero ou d'Umberto Tozzi n'a plus de secret, mais celui qui se souvient que l'Ulan Bator d'Amaury Cambuzat a lui-même réalisé cette traversée pour aller accoucher de son Rodéo Massacre (Jetrai /Venus, 2005). La familiarité est d'autant plus grande d'ailleurs que c'est ce même Amaury Cambuzat même qui s'est chargé de la production de l'album et qu'il vient y jouer de la guitare, du clavier et même donner un peu de sa voix traînante sur "Mercury".
De fait, l'influence du respectable combo franco-italien à la biographie complexe est partout sensible dans la musique de The Marigold. On la retrouve dans les instrumentations elles-mêmes, il n'y a qu'à écouter ces manières de riffs monolithiques qui servent d'introduction à "Orgy" pour s'en convaincre. C'est elle aussi qui fait souffler sur l'ensemble ce vent de folie si particulier, activisme expérimental libertaire et jusqu'au-boutiste qui inspire à l'album sa conclusion épnoyme, l'extatique "Erotomania", répétitif, bruitiste, chaotique, enragé, massif, désordonné.
Mais, si on laisse de côté les 2 min 50 sec. de "Mercury", dont il faut bien avouer qu'il ne sera jamais rien d'autre qu'un morceau d'Ulan Bator égaré au milieu d'un disque de The Marigold, cet Erotomania ne s'épuise pas dans la référence au groupe d'Amaury Cambuzat. L'autre inspiration majeure de l'album, c'est certainement The Cure, dont le spectre plane partout.
Dès l'introduction de l'album, "Diade2", on retrouvera ainsi avec bonheur une ambiance proche de celle que parvenait à créer "A reflection" en ouverture de l'album 17 seconds. L'excellent "9%" rappellera pour sa part les sinuosités vaporeuses d'"If only tonight we could sleep" ou "The Snakepit" (tous deux issus de l'album Kiss me, kiss me, kiss me). "Voices" va quant à lui jusq'u'à puiser dans les dernières productions du groupe de Robert Smith, époque Bloodfowers ou même The Cure (qui nous offrait en 2004 l'inégalable "The promise").
D'Ulan Bator, The Marigold a retenu la fièvre et l'épaisseur, l'art de mettre le trio classique guitare - basse - batterie dans tous ses états ; des Cure un univers de mélancolie où la colère, pour n'être jamais loin, reste toujours intérieure. Mais que l'on ne se méprenne pas, ces rapprochements ont valeur de compliment, sans réserve. Il serait erroné de croire y discerner un prétendu manque d'inventivité, de s'imaginer The Marigold en suiveurs poussifs d'idoles qu'ils auraient eu la chance de parvenir à digérer. Car si influence il y a, elle reste de l'ordre de la seule généalogie, et non de la copie, œuvre d'une génétique sans autre ambition que la réalisation du clonage parfait. Une généalogie passablement géniale qui, de traits de chacun de ses parents, sait tirer une combinaison aussi nouvelle qu'excitante. Un album incontournable, tout simplement.
