Il est toujours délicat de critiquer un livre lorsque l’on a, à son encontre et avant même de l’avoir commencé, un certain nombre d’a priori. Et des a priori, ce n’est pas ce dont je manquais à propos du tout dernier roman d’Annie Lemoine : une couverture et un bandeau qui donnent à penser que l’éditeur est, comme bien souvent, obligé de miser sur la figure médiatique de l’auteur afin de combler la possible vacuité du contenu ; et surtout, la conviction qu’Annie Lemoine n’a pas vraiment eu à batailler, à l’inverse de la grande majorité des auteurs sans contacts ni réseaux, pour voir ses manuscrits publiés…Je suis bien naïf, vous me direz, pour penser ou simplement espérer que cela se passe autrement la plupart du temps. Peut-être.
Á côté de cela, ne voulant pas verser dans le procès d’intention, et me souvenant par ailleurs du style sobre et efficace d’Annie Lemoine lorsqu’elle était journaliste sur Canal Plus, j’ai entamé Que le jour recommence avec curiosité, et même intérêt.
Seulement, 135 pages plus tard, c’est la déception qui fait office de conclusion. Non pas que le point de départ du roman soit inintéressant. Certes, le sujet sent fortement le déjà lu, re-lu et re-re-lu (une femme dans la force de l’âge qui, suite à plusieurs fortes déceptions sentimentales, s’exile loin des affres de la grande ville pour se reconstruire ; l’objectif est rapidement remis en question dès lors qu’un homme follement aimé dans le passé fait à nouveau irruption dans sa vie). Mais, après tout, de nombreux grands et beaux romans sont nés d’histoires basiques et très classiques. Non, dans ce livre, c’est dans l’écriture que réside la véritable gêne : on ne ressent tout simplement pas grand-chose à la lecture de ce livre, les sentiments des personnages sont lourdement rendus, et on ne sait jamais vraiment si l’auteur cherche à faire rire ou pleurer le lecteur. Qu’il s’agisse de la tournure des phrases ou de leur contenu, le texte est truffé de poncifs et de clichés bien en vogue, et verse bien trop souvent dans le "à la manière de" . Bref, mes préjugés malheureusement confirmés, c’est avec plaisir que je me replonge enfin dans la lecture de deux ou trois autres beaux romans dont je parlerai prochainement.
