Réalisé par Bryan Singer. Allemagne, USA. 2009. Drame historique. Avec Tom Cruise, Craice Van Houten, Bill Nighy.
Sous ses aspects de production hollywoodienne marquetée, et au-delà des a priori nombreux qui faisaient planer le doute autour de ce film, Walkyrie se révèle être un grand film de cinéma, profond et captivant.
Tom Cruise, le plus souvent, ne s’y ressemble pas. Ou plutôt, le film ne donne pas à voir l’image habituelle qui lui colle à la peau. C’est peut être la première fois que la star s’efface réellement derrière un personnage. Sa dernière et seule tentative explicite datant de 2002, avec Vanilla Sky.
Passé ce constat, on peut entrer dans une oeuvre à la fois dure et séduisante.
Le scénario est ambitieux : raconter le dernier attentat ayant visé à éliminer Hitler.
Avec des possibilités rares au cinéma, comme restituer le contexte de la résistance allemande.
Le film se situe donc à la croisée des chemins, mêlant spectacle hollywoodien grand public et exigence historique.
Le résultat est assez étourdissant. Tous les acteurs donnent à leur rôle la présence exacte nécessaire à l’équilibre du film. En retour, chaque rôle, même le plus immoral, met en valeur son interprète.
Le casting est donc réussi, même si parfois certains choix restent assez marqués d’un point de vue américain.
Le fil de l’histoire romance sans doute la véritable Histoire, mais la suite des événements du scénario suit un bon rythme, équilibre fragile mais réussi entre suspense et reconstitution. Ce qui est une grande qualité pour un film qui finalement, contient beaucoup de dialogues, et peu d’action.
Si le film est aussi réussi, il ne fait aucun doute que le mérite en revient au réalisateur, Bryan Singer. Quel que soit son sujet, on savait sa capacité à créer une tension et à ne jamais oublier l’intelligence dans ses films.
Dans Walkyrie, malgré quelques choix artistiques discutables (la langue anglaise en version originale principalement), le réalisateur maîtrise son sujet dans le fond comme dans la forme, allant réaliser une oeuvre talentueuse, en parfaite adéquation avec le grand écran. Comme seuls quelques réalisateurs savent le faire, Bryan Singer utilise la technique et l’image au service de son scénario, de ses acteurs, de la mise en scène.
Insistant beaucoup sur des icônes connotées (l’aigle, les croix), de nombreux éléments de détails viennent parfaire une imagerie cinématographique déjà ancrée dans nos souvenirs : le globe terrestre, les machines à écrire... Tout, dans ce film, semble à sa place. La porte est donc grande ouverte pour entrer dans l’Histoire, et voir ce que si peu, en réalité, ont pu voir de leurs yeux.
Walkyrie n’est pourtant pas une leçon d’Histoire, mais un grand film de cinéma. Pédagogique sans être vraiment dogmatique, plus engagé que La Chute mais finalement assez objectif, le film a le mérite d’interpréter une réalité.
Pour preuve la manière dont Singer filme Hitler, sa silhouette, ses mains, avec une longue focale et pourtant souvent en gros plan : on nous montre une image inquiétante de l’individu, comme une sorcière qu’on n’ose approcher. Ce faisant, sans rien dire, les images, pourtant, nous parlent.
Et ça, c’est du cinéma.
