Tragi-comédie de Fernando de Rojas, mise en scène de Christian Esnay, avec les élèves de l'ensemble 17 de l'Ecole Régionale d'Acteurs de Cannes : Claire Calvi, Marie de Basquiat, Pauline Dubreuil, Samir El Karoui, Pauline Méreuze, Maxime Mikolajczak, Charlotte Ramond, Loïc Samar, Chloé Schmutz et Max Vanseveren.
"La Célestine" de Fernando de Rojas est une pièce espagnole écrite à la Renaissance. La Célestine fait partie de ces personnes calomniées qui n'en sont pas moins les symptômes d'une société totalitaire et hypocrite: son métier, ou devrais-je dire ses métiers sont : couturière, prostituée, maquerelle, sorcière, guérisseuse, et elle remet à neuf la virginité des demoiselles.
Calixte, gentilhomme sensible se meurt d'amour pour Mélibée, jeune fille de bonne famille. Mais la jeune fille semble inaccessible dans sa demeure-forteresse, où les murs font plusieurs mètres de haut, doublement entourée par ses parents aimants qui la maintiennent dans l'ignorance de l'amour. Pourtant frappés tous les deux d'une même passion, ils sont séduits par les stratagèmes de manipulateurs sans scrupules: les valets de Calixte et Célestine qui ne voient que l'argent qu'ils pourront en tirer.
L'auteur se plait à caricaturer à l'excès les personnages, les faisant parler de façon parodique, mêlant la rhétorique de l'amour platonique avec l'amour charnel. Vous l'aurez compris, il s'agit d'une farce, ( l'auteur parle de tragi-comédie), alors comme s'il était question de tout confondre : l'amour/le sexe, les métaphores/le parler cru, l'idéal/ l'argent, la vieillesse/la jeunesse, la virginité/les expériences sexuelles, de tout mêler, entremêler, de montrer que les contraires finissent par se ressembler.
Le metteur en scène Christian Esnay offre une proposition pertinente: les élèves de l'ensemble 17 de l'Ecole Régionale d'Acteurs de Cannes endosseront tous les rôles: un tour maquerelle, l'autre tour jeune prude, l'amant poète puis le valet intéressé. Et sans souci du sexe : chacune/chacun se perd dans l'identité du personnage.
Alors la pièce qui compte plus de deux heures, devient un parcours, un jeu de transformations, dissimulations qui tient le public en alerte. Pour les acteurs, c'est un exercice où ils montrent chacun l'étendue de leur talent, gardant la constance d'un personnage malgré la diversité de leur individualité.
Pour saluer le tour de force et le talent de la troupe, nous vous recommandons vivement d'aller au Théâtre de l'Aquarium, goûter l'intelligence et l'humour de "La Célestine", pièce intemporelle.
