Le fait pour la réalisatrice de revenir sur elle et sur son passé (les plages sont une remémoration de la vie de jeune fille d’Agnès Varda) aurait pu être une gageure tant cet exercice de solipsisme ne pouvait rencontrer que l’écueil de la complaisance. Et il est vrai que les premières images me firent penser tout d’abord à un documentaire dont l’originalité était que la cinéaste l’avait réalisé par elle-même.

Pourtant, ce film d’Agnès Varda se présente comme une véritable création, parce que son imaginaire toujours aussi puissant malgré ses quatre-vingt ans transcende cette autobiographie par des images poétiques, et surtout par cette volonté de dresser des miroirs de toute part pour ramasser la réalité ainsi que l’humanité dans son ensemble.

Car si Les plages d’Agnès rappellent bien l’enfance, mais aussi l’adolescence de Varda jusqu’à ses commencements en tant que cinéaste, et puis plus loin encore, cette dernière n’en néglige pas moins ceux qui ont partagé sa vie, c’est-à-dire les amis tels que certains cinéastes ou membres de l’équipe de ses films, tout comme les gens ordinaires et simples. Ceux-ci se présentent ainsi tout au long de ces Plages d’Agnès : voisins ou pêcheurs rencontrés sur un petit port, êtres vivants ou morts, ils existent par cette réalisation qui porte témoignage.

De tous, Varda conserve toutefois le regret, le regret de la perte d’êtres chers tels que Jean Vilar, Gérard Philippe, Jacques Demy, le compagnon de sa vie auquel ce film paraît dédié. On assiste à ce sentiment normal dans toute existence qui est celui de la vieillesse lequel frappe chacun d’entre nous.

Or, Les plages d’Agnès ne se présentent pas comme un testament. Ce film est, au contraire, un sursaut de vie. Chez Varda, le temps, les hommes ou femmes croisés, entraperçus, deviennent vivants par ce simple mouvement de la caméra. L’oeuvre prend un tour même chronologique avec les débuts de la nouvelle vague, les premiers films, un séjour aux Etats-Unis en pleine époque de contestation soixante-huitarde, … En effet, Agnès Varda n’échappe guère à l’engagement propre à cette période.

Cet engagement se traduit parfois par de la colère révélée jusque dans ses films, comme en témoigne la jeune fille de Sans toit ni loi jouée par Sandrine Bonnaire.

Sans oublier ce besoin pictural de traiter l’image né de la contemplation des chefs-d’œuvre de la peinture et de l’art plastique. Les plages d’Agnès démontrent la capacité de transposer les moyens issus d’autres arts dans le cinéma. Même le parcours de Varda prouve que pour créer, nul n’est besoin de maîtriser la technique. Dans tout art, il est nécessaire de savoir rêver et de découvrir l’outil d’expression restant le meilleur pour soi.

Par ce film, Agnès Varda montre les facettes du genre humain : son air léger, un peu moqueur marque une sincérité qui vous touche. Bref, Les Plages d’Agnès sont une invitation lucide au bonheur.