Nicolas Pages n’aura-t-il été que l’amant temporaire de Guillaume Dustan, celui qui a donné le titre à son quatrième livre (Nicolas Pages) récompensé par le prix de Flore 1999 ? Toutefois, feu Dustan semblait tenir en haute estime l’auteur de Je mange un œuf. Il avait même repris le procédé minimaliste de son premier roman : je me lève, je vais aux toilettes, …
Or, tandis que Dustan utilisait le style de Pages tout en lui donnant un certain rythme, ce dernier avait écrit Je mange un œuf, respectant du commencement jusqu’à la fin cette manière de voir qu’il prenait sans doute pour une trouvaille. Bref, l’ennui vous gagnait, d’autant que Pages n’avait guère compris qu’une absence aussi radicale de toute psychologie confinait à la perte d’humanité.
Dix ans plus tard, Pages avait mûri. Je l’espérais, du moins ! Dans I love New York, nous sommes loin, à première vue, de toute volonté propre à l’art contemporain d’employer une formule laquelle, réitérée, avait pour résultat un effroyable manque d’oxygène. Il est difficile, voire impossible, de transposer les moyens spécifiques de la peinture à la fiction romancée.
Non, son dernier roman laissait présager mieux tant l’introspection du personnage dénommé Vincent, à propos de cet homme qui lui manque, n’est point dépourvue d’une émotion qui demeurera, hélas, absente tout au long de ce livre.
Car, suite au monologue de Vincent, deux parties se succèdent. Nous assistons tout d’abord à un dialogue entre Vincent et Arnaud, ami homosexuel, dans un appartement à New York. En compagnie de Lucas, les deux hommes se retrouvent ensuite dans les environs de Paris. Il est question d’une affaire de cocaïne et d’un voyage à travers les Etats-Unis entrepris par Vincent et Lucas, Arnaud jouant à chaque fois le rôle de confident.
Le problème est que l’on apprend peu de choses précises dans cette histoire. Les trois individus parlent comme des adolescents acéphales. Pire, l’auteur paraît incapable de prendre une distance quelconque par rapport à ses personnages. Ou bien alors ce recul se révèle artificiel. Interrompant le dialogue théâtral entre eux (reprise de l’idée narrative à laquelle l’auteur s’attache, comme dans Je mange un œuf ?), Pages les décrit comme s’ils étaient vus par un regard faussement extérieur. Sans oublier les erreurs qui se glissent dans l’œuvre comme ce frère devenant cousin, Lucas étant hétérosexuel mais pensant comme un gay, ...
En conséquence, I love New York se lit aussi vite que n’importe quel ouvrage d’Amélie Nothomb, et je ne puis rien retenir de ce bavardage sans que ni le pourquoi ni le comment se dégagent d’un tel livre.
