Comédie de Molière, mise en scène de Nicolas Liautard, avec Jean-Yves Broustail, Eddie Chignara, Marc Citti, Jean-Pol Dubois, Nelly Froissart, Lazare Herson-Macarel, Wolfgang Kleinertz, Nicolas Liautard, Célia Rosich et Marion Suzanne.

Pièce du répertoire classique la plus représentée sur scène en raison de son efficacité scénique et de ses répliques fameuses, "L’avare" de Molière constitue un singulier édifice composite à la pluralité d'humeurs, de tons et d'actions et au dénouement féérique.

Comédie de caractère peu morale, critique sociale de la puissance paternelle et de l'attachement de la classe bourgeoise au pouvoir de l'or, farce aux vertus résolument comiques, histoires d'amour romanesques, tragédie familiale et drame du naufrage qu'est la vieillesse, elle n'en finit pas de tenter et d'inspirer les metteurs en scène qui peuvent doser à l'envi la composante dramatique ou privilégier le rire farcesque.

Nicolas Liautard qui assure la mise en scène et la scénographie de la version présentée au Théâtre des Quartiers d'Ivry, n'a pas véritablement fait pencher le fléau de la balance en composant un patchwork parsemé de notes graves et de moments de pur comédie.

Il est vrai que les personnages calqués sur les figures traditionnelles de la commedia dell’arte, tels le valet bavard et inventif, la femme d'intrigue ou le vieillard amoureux, forment pain béni pour des scènes farcesques particulièrement réussies avec de beaux numéros d'acteur.

Ainsi en est-il de la scène finale de la cassette réunissant Jean-Pol Dubois, Eddie Chignara, en maître Jacques au burlesque déchaîné, Jean-Yves Broustail en cocasse commissaire de comics et Lazare Herson-Macarel, jeune comédien prometteur qui tire bien son épingle du jeu dans le rôle du jeune premier amoureux qui verse dans l'hypocrisie et le cynisme.

Dans sa note d'intention, Nicolas Liautard, s'attache à voir dans l'opus moliéresque une résonance actuelle avec le troisième âge des classes aisées, atteint du syndrome de jeunisme, qui s'accroche aveuglément à ses prérogatives et s'oppose à l'ordre naturel du renouvellement des générations.

Sur scène, dans le pré carré où se déroule l'intrigue, isolé au milieu d'un plateau recouvert de terre stérile avec pour tout accessoire une chaise rafistolée, l'apparition de Harpagon, interprété par Jean-Pol Dubois, comédien merveilleux, silhouette fluette de vieillard cacochyme et retors à la Léautaud et à la vitalité insoupçonnée le faisant manier redoutablement le bâton, entraîne davantage vers la comédie humaine de Balzac que du côté des fameux capitaines d'industrie du 21ème siècle.

Une comédie humaine qui recèle un double drame : celui de la contamination délétère de son entourage par un tyran domestique et celui de la dépossession de soi d'un homme saisi d'effroi dont la fameuse cassette n'est que le substitut symbolique de la bouée de sauvetage du noyé.

Dans ce rôle janusien, Jean Pol Dubois, qui avait déjà incarné une superbe figure un père monstrueux en 2008 au TEP dans "Faut-il laisser les vieux pères manger aux comptoirs des bars ?", tant dans la férocité que dans le pathétique, est magistral.