Contes d'après les frères Grimm, adaptation et mise en scène de Olivier Py avec Céline Chéenne, Samuel Churin, Sylvie Magand, Thomas Matalou, Antoine Philippot, Benjamin Ritter et Florent Gallier.

Pour cette fin d'année 2008, Olivier Py, propose trois spectacles destinés plus particulièrement au jeune public mais qui, à voir la composition du public, séduisent tout autant, et presque majoritairement, les adultes.

Trois spectacles, les "Contes de Grimm" adaptés de contes ainsi définis par Olivier Py : "Nous sommes en face d'un vieux chant, d'un chant que seuls les saints et les enfants peuvent entendre qui n'ont pas perdu toute intimité avec la Providence."

S'emparant de la trame narrative de trois contes des frères Grimm, et principalement de leur caractère dramatique, car ces derniers se sont attachés au récolement des vieux contes puisant dans les légendes du Moyen-Age, une époque encore soumise aux forces obscures et magiques dans laquelle la violence peut être extrême, et proche de l'Antiquité et des tragédies qu'il affectionne, il a écrit des opus originaux, étonnants et enthousiasmants, qui traitent de la résilience et du rôle fondateur et exaltant de l’amour.

"La jeune fille, le diable et le moulin" et "L'eau de la vie", qui ont déjà été présentés, notamment au Théâtre du Rond-Point, et "La vraie fiancée", une création, s'inscrivent dans le même registre du conte terrifiant par la fatalité avec laquelle les épreuves s'abattent sur les cœurs purs.

Des jeunes gens encore placés sous la puissance du père, notamment pour les filles, qui ne doivent leur salut qu'à leur force d'âme et à l'aide des métaphores symboliques de la foi et de l'unanimisme - l'ange gardien et le jardinier - et initient une quête tant métaphysique que spirituelle.

Une quête dans laquelle se retrouvent les thèmes récurrents qui interpellent Olivier Py tels le credo shakespearien de l'homme fait de songes et de symboles, la figure psychanalytique du père omnipotent et du rapport au masculin, ordre patriarcal et complexe oedipien dont il faut s'émanciper, la forte personnalité des héroïnes malgré leurs malheurs presque dominatrices, ou du moins très directives, dans leur relation amoureuse, les inégalités sociales.

Olivier Py y insère également ses fondamentaux sur le pouvoir du verbe, l'art ("Qu'est-ce que l'art ? Dire d'un mot la mort avec la joie") et la mission sacerdotale du théâtre de dire le vrai, notamment dans "La vraie fiancée" dans lequel il place un véritable manifeste sur le l'art dramatique écartelé entre théâtre populaire et théâtre d'Etat.

Avec une esthétique évocatrice de celle de Jean-Paul Goude, Pierre-André Weitez a élaboré une scénographie polymorphe à emboîtements, à la manière des legos et des maisons de poupées, à la quadrichromie - rouge, noir, or et blanc - hautement emblématique notamment par sa composante chrétienne, qui se développe dans un immense cadre lumineux, murs d’ampoules, dont l'unique ampoule rouge à l'instar de celle manifestant la présence du tabernacle, rampe lumineuse du théâtre baroque, cadre lumineux rappelant le miroir éclairé des loges des comédiens, qui circonscrivent l'espace de la représentation et introduisent uen indispensable distanciation.

Car il s'agit de théâtre et les costumes syncrétiques évoquent tant des personnages de théâtre que de cirque qui vont évoluer sur une trame musicale, signée Stephen Leach, au large spectre, du chant liturgique avec Sylvie Magand qui tire de son accordéon des sonorités d’orgue, à la fanfare circassienne en passant par l'atonalité à la Kurt Weil et la mélodie puissante de Nino Rota.

Si les contes de Grimm adaptés par Olivier Py ne font pas réellement dans la féerie édulcorée à la Walt Disney, ce sont les comédiens, en outre chanteurs et musiciens, qui, sous sa direction imparable, sont merveilleux par leur jeu, leur humanité et leur art choral. En premier lieu, Céline Chéenne, comédienne absolue et magnifique, atteste d'un registre étendu, de la jeune fille au vieillard, dont la dimension atteste d'une filiation avec la puissance de jeu de Nada Strancar.

A ses côtés, jouant chacun plusieurs partitions, Antoine Philippot, superbe jeune premier tombant dans tous les pièges, Thomas Matalou magnifique officiant d'un jardin extraordinaire, Benjamin Ritter diable mémorable et Samuel Churin éblouissant tant en marâtre qu'en comédien chef de troupe donnent corps et cœur à ces personnages de grimoires qui habitent l'inconscient collectif.