Il est toujours difficile et délicat de parler avec "objectivité" d’un livre que l’on n’a que peu aimé. Qui plus est lorsque ce livre est un succès auprès du public et de nombreux médias, et que l’on a pourtant, par ailleurs, apprécié certains des précédents romans du même auteur.
Ce que le jour doit à la nuit, le dernier livre de Yasmina Khadra (ed. Julliard), a été élu "Meilleur livre de l’année" par le magasine littéraire Lire – le roman termine en tête d’un classement où figure notamment l’incroyable et somptueux La Route, le dernier ouvrage de McCarthy… Non pas que les prix soient un gage de qualité – loin, très très loin de là, même. Mais, au vu des nombreuses remarquables publications de l’année 2008, on était en droit d’attendre autre chose du lauréat.
L’idée de départ du dernier roman de Khadra est intéressante et ambitieuse : donner un nouvel éclairage sur la complexe et ambiguë Algérie des années 1930/1960, et ce à travers les tourments identitaires de Younes, fils de pauvres paysans autochtones (on ne parle pas encore officiellement d’Algériens à cette époque) finalement confié à son oncle, pharmacien aisé et parfaitement intégré dans la communauté "pied-noir" de la région d’Oran ; plus les années passent, et plus le jeune homme est tiraillé et tourmenté par sa double culture et son incapacité à appartenir à l’un ou l’autre des deux camps – et après tout, il n’éprouve pas spécialement l’envie de le choisir, son camp. Rajoutez à tout ceci un amour impossible, et vous obtenez pile-poil les ingrédients qu’il faut pour une parfaite fresque romanesque.
Seulement – et là, au risque de me faire insulter par les nombreux fans de Khadra, je serai totalement subjectif –, l’intérêt du lecteur pour cette histoire peut s’essouffler très rapidement, notamment du fait d’un style sans relief et au final assez lourd. Oui, l’auteur nous gratifie de quelques belles pages touchantes et lyriques qui donnent envie de tourner les pages pour connaître la suite. Cependant, dans l’ensemble, et à la différence de ce qui avait en partie fait la force de Khadra dans sa trilogie moyen-orientale (une langue classique et littéraire d’un côté, et, de l’autre, un rythme narratif souvent enlevé, voire parfois nerveux, le tout dans le cadre de romans courts et généralement efficaces, habiles et subtils à la fois), ce dernier roman de l’auteur algérien verse trop facilement dans le pathos et le larmoiement, voire tombe dans une platitude surprenante – ce qui n’est pas forcément paradoxal. Bref, qu’il s’agisse du fond ou de la forme, le dernier roman de Khadra ne soutient pas la comparaison avec L’Attentat ou Les Hirondelles de Kaboul, deux de ses précédents livres qui, au risque de paraître injuste et arbitraire, me paraissent autrement plus intéressants et aboutis.
