Comédie dramatique de Ingmar Bergman, mise en scène de Célie Pauthe, avec Marc Berman, Arlette Bonnard, Mélanie Couillaud, Philippe Duclos, Emmanuelle Lafon, Denis Loubaton, Régis Lux, Alice Millet-Dussin, Serge Pauthe, Karen Rencurel, Mireille Roussel, Violaine Schwartz et Hélène Schwartz au piano.
La tragi-comédie métaphysique "S'agite et se pavane", dernière œuvre dramatique d'Ingmar Bergman, considérée comme un ultime manifeste, tout aussi dense et propice à la glose que la réplique du "Hamlet" de Shakespeare dont le titre est inspiré, recense les thèmes obsessionnels et récurrents qui l'agitaient et ont nourri tant ses films que son théâtre.
A travers l’évocation de la figure de l’oncle Carl, malade, névrotique, mais suffisamment lucide pour appréhender le naufrage de la vieillesse et le spectre de la folie, et génial pour imaginer des subterfuges dissuasifs, Bergman brosse un autoportrait fantasmatique et construit une sarabande funèbre pour sodomiser une dernière fois la mort, femme au corps érotique et au visage affublé du masque grotesque du clown.
Et seul l'art, en l'occurrence le cinéma et le théâtre, par son intercession avec le sacré et sa capacité à générer ce que Bergman qualifie de "joie" peut transcender l'effroi. Seul l'art, qui en l'espèce s'agrège avec le délire onirique, peut lever ce rideau de fer qui s'est déjà abaissé tel un couperet sur l'horizon de l'oncle Carl reclus dans un hôpital psychiatrique désincarné, antichambre du passage imminent. Un délire qui l'entraîne dans un conte scandinave où baroque et naturalisme s'interpénètrent dans la scénographie néo-expressionniste très évocatrice de Sébastien Michaud.
Dans sa note d'intention, Célie Pauthe appréhende cet opus comme "une oeuvre... qui ne prétend rien, rien d’autre peut être que laisser affleurer, une fois le fracas retombé, la mousse ou l’écume de la vie".
Par sa mise en scène d'une intelligence extrême, une direction d'acteur minutieuse, le respect de la rhétorique bergmanienne et sa pratique sensible de la mise en abyme, elle procède, sur fond de partition musicale empruntée à Schubert, à une alchimie remarquable qui laisse s'échapper, à la fois, la douleur de l'homme et le "cri de joie e son âme.
Sur scène, la qualité de jeu, dont celle des quatre protagonistes principaux (Marc Berman, impressionnant entre le pathétique prosaïque et l'émerveillement enfantin, Philippe Duclos merveilleux compagnon loufoque, Mélanie Couillaud au jeu subtil et Violaine Schwartz sublime faucheuse), est tout simplement remarquable.
