Monologue lu et interprété par Régis Jauffret sous le regard d’Anne Bourgeois.

Dans une scénographie esthétisante très réussie, black cube, délimitation de l'espace par des néons blancs à la Dan Flavin, et lumières travaillées de Laurent Béal avec notamment de jolis jeux d'ombres portées, Régis Jauffret, écrivain, maintes fois primé et Prix Fémina 2005, propose une adaptation pour le théâtre de son dernier roman "Lacrimosa".

Une adaptation sous forme d'un monologue qu'il lit et interprète lui-même pour porter au monde, une liaison morose, peut être une histoire autobiographique, peut être une histoire d'amour ratée, entre une jeune femme qui s'est suicidée et un cinquantenaire écrivain, et dont ce dernier a nourri son oeuvre sous forme d'une correspondance imaginaire, entre le monde des vivants et le royaume des ombres.

Une étrange liaison en pointillé, une correspondance inattendue, "Chère Charlotte" et vouvoiement distancié pour lui, "Mon pauvre amour" et tutoiement caustique pour elle, une conception mélancolique de la vie, "cet interminable dimanche où on s'ennuie", et surtout une analyse sans concession de la posture de l'écrivain, schizophrène vampire et cannibale qui se repait de la vie pour alimenter ses écrits comme un comédien est encore en représentation hors de la scène.

Comédien, Régis Jauffret ne l'est pas, au sens professionnel du terme, mais, dans la mise en scène très fine de Anne Bourgeois, il en revêt l'habit ce qui entraîne une nouvelle superposition de masque qui intrigue encore davantage le spectateur sur cette entreprise. Pour que, peut-être, l'acte littéraire, accompli en toute lucidité et sans faux fuyant, devienne un ultime témoignage d'amour.