D’emblée, j’avoue que je n’ai pas aimé La folie Silaz de Hélène Lenoir. Tout critique devrait éprouver ce pincement au cœur de devoir dire ces simples mots : je n’ai pas aimé. Pour cette seule raison qu’il voit bien que l’auteur s’est acharné à écrire ce livre. Je dois dire, sans ironie aucune, que c’est touchant de constater un être humain suant littéralement pour arracher une page de lui-même.

Las, encore faut-il que celui-ci puisse donner la vie aux mots mis sous les yeux du lecteur. Cela n’est guère le cas ; d’autant qu’il ne semble pas posséder cette qualité qu’ont les vrais créateurs, soit cette conscience de la conscience définie jadis par Stéphane Lupasco. Face à l’agression de l’environnement extérieur, face à cette homogénéité vecteur de mort, je ne trouve point ce sursaut de l’hétérogénéité, ce sursaut vital dépassant l’étroit concept qui nous permet de comprendre les choses, mais, encore d’après Lupasco, certainement pas de les dépasser dans le transfini. Bref, Hélène Lenoir voit les choses, mais ne les vit pas.

La lecture de La folie Silaz est, par conséquent, éprouvante en raison de l’incommensurable ennui que l’on ressent de la première à la dernière page (du moins, Laurent Mauvignier, dans son roman intitulé Dans la foule que chacun peut juger à bon droit décevant, réservait au lecteur attentif quelques passages à sauver de ce dernier). Hélène Lenoir ne semble pas avoir une pensée quelconque sur l’existence en général, ou même la sienne propre. Il y a, certes, de la folie dans ce livre, mais pas de celle qui élève aux passions primordiales chères à Racine. Quant aux personnages, ils sont, comme l’écriture, vidés de toute substance.

Pourtant, j’aurais tant désiré que ces individus fragiles tels que Muriel et Carine, Do, l’adolescent médiocre et fils de cet éternel absent et tant attendu, Georges Silaz, la grand-mère morte, Odette, dont on assiste, au début de ce livre, à l’enterrement, oui, j’aurais tant voulu qu’ils s’élèvent ensemble, tout comme cette histoire, pour nous faire mieux entendre la tragédie de l’humanité.

C’était sans compter le peu de talent et d’originalité de Hélène Lenoir qui fait de ce livre, La folie Silaz, un banal effondrement.