Comédie dramatique de Céline Monsarrat, mise en scène de Stella Serfaty, avec Albert Delpy, Alexia Papineschi et Céline Monsarrat.

Planté face au public, tremblant et seul sur son fauteuil roulant, Juan, un vieux monsieur (ou une personnage d’un certain âge) attend… Voici une réalité pas si facile à regarder en face… Mais qu’attend-il exactement ? A quoi pense-il ? Où se trouve-t-il ? Quel âge a-t-il ? Autant de questions qui parviennent immédiatement à la vision de ce premier tableau. Encore quelques minutes, vous allez comprendre…

Juan est placé en maison de retraite après la mort de sa femme. Frédérique sa fille y est pour quelque chose, c’est sûr ! Et ce qui est sûr aussi c’est qu’elle ne vient pas le voir bien souvent. Une histoire qui peut faire rejaillir des souvenirs pour peut-être beaucoup d’entre nous…

La maison de retraite ça veut dire aussi beaucoup de choses qu’on ne peut plus ou que l’on a plus le droit de faire, comme aller boire un thé en ville ou, en tout cas, devant une machine postée au fin fond d’un couloir. Bref, une vie de solitude réellement pesante pour une personne âgée et qui de surcroît à toute sa tête. Là, la pilule est encore plus dure à avaler !

Il apparaît aussi clairement qu’à partir du moment où on ne l’a pas voulu ou encore vécu il est difficile de se rendre compte d’un tel placement tous âges confondus. Leur histoire familiale, entre Juan et Frédérique, est, certes assez complexe, beaucoup de non-dits, de regrets, de remords aussi. Ils ne se comprennent plus ou pas, ne savent pas quoi se dire, ou quoi faire lorsque Frédérique trouve un moment, une fois pas semaine, pour voir son père. Lui, évidemment, se laisse aller, ne s’habille plus ou uniquement d’un peignoir jaune, pas très folichon tout ça !

Albert Delpy alias Juan est éblouissant dans ce rôle. Il s’amuse allègrement et colle parfaitement au rôle de son personnage. Juan est un personnage complexe à manier de par son humour caustique, grinçant, mais à la fois très attachant, émouvant même. Albert Delpy passe d’une humeur à l’autre sans aucun complexe, ni difficulté aucune.

On s’attache très rapidement à lui, il nous fait réfléchir aussi énormément. La vieillesse paraît beaucoup moins effrayante à travers lui et surtout l’écriture de cette pièce, très fluide, très poétique, avec des tonnes de touches d’humour extrêmement agréable. Sa progéniture Frédérique (Céline Montsarrat), est elle, explosive, dure, froide en apparence. Il est clair qu’elle a de la haine à revendre. Céline Montsarrat, incarne avec brio cette femme dépourvue d’amour et de gentillesse. Sans oublier qu’elle a une voix exceptionnelle, ce qui donne encore plus de poids à son interprétation.

Un troisième personnage, et pas des moindres, vient bouleverser l’état de ce rapport houleux père-fille. Il s’agit d’Hanna, une jeune lycéenne, incarnée par Alexia Papineschi. Elle vient tel un ange égayer le quotidien de Juan. Des visites plus que régulières, un rayon de soleil. Alexia Papineschi apporte une fraîcheur, une spontanéité, et un enthousiasme par son interprétation. Hanna est ce lien qu’il manquait dans cette famille.

Elles les écoutent, les aiguillent, les aident tout simplement à réapprendre à s’aimer au quotidien. La mise en scène de Stella Serfaty donne tout son sens à ce sujet emprunté de la canicule de 2003 et ses conséquences.

Au final, c’est à la fois une belle leçon de vie mais aussi de remettre sur la place publique une réflexion autour de la place des personnes âgées dans notre société. Comme l’exprime Céline Montsarrat dans une note d’auteur "c’est aussi une vision optimiste de la vie qui veut que rien ne soit jamais fini…"