En collaboration avec le Musée Fabre, la Réunion des Musées Nationaux présente la première rétrospective consacrée à Emil Nolde, représentant majeur de l'expressionnisme allemand.

Cette exposition, qui présente de nombreuses peintures, aquarelles, gravures et dessins selon un parcours chrono-thématique conçu sous le commissariat de Sylvain Amic, conservateur en chef du patrimoine au Musée Fabre.

La scénographie signée par Yves Kneuzé est placée sous le signe du cloisonnement : white cubes aux cimaises peintes de couleurs sombres et sourdes au rez-de-chaussée desservies par un ponton ligneux, salles restructurées par des panneaux de bois nature à l'étage, Emil Nolde ayant été sculpteur ornemaniste sur bois avant de se consacrer à la peinture.

Emil Nolde est un peintre relativement méconnu qui bénéficia d'une reconnaissance en clair-obscur : après avoir occupé le devant de la scène artistique allemande au tout début du 20ème siècle, il fut victime, après avoir manifesté des sympathies politiques ambigues, de la campagne nazie menée contre l'art dit "dégénéré" et ses oeuvres comptent parmi celles qui ont subi l'autodafé de mars 1936.

Emil Nolde : Mon pays, ma foi

Considéré comme le fondateur du mouvement expressionniste allemand, il s'est toujours défendu de pratiquer l'expressionnisme : "De savants critiques d'art m'ont qualifié d'expressionniste. Je n'aime pas cette appellation. Quand plus tard futuristes et constructivistes ont repris ce nom à leur compte, ce fut pour moi comme une libération." Il préférait qualifier ainsi sa démarche : "Eprouver la nature en y insufflant sa propre âme, son esprit, transforme à l'inverse le travail de peintre en art."


Les premières toiles d'Emil Nolde contiennent déjà ses thématiques récurrentes héritées des schèmes intégrés pendant l'enfance passée dans un univers paysan marqué par la culture nordique des légendes fantastiques au sein d'une famille très religieuse.

Son oeuvre témoigne d'une quête perpétuelle du divin notamment à travers une conception unanimiste du monde qui correspond également à un syncrétisme pictural.

Les influences et/ou parentés sont multiples : Monet ("Jardins de Burchard"), Van Gogh ("Jour de moisson"), Gauguin ("Nus et eunuques"), Toulouse-Lautrec ("Devant un verre de vin"), Ensor ("Le christ et la pécheresse") et aussi, Soutine, George Grosz, et Rouault pour ses peintures bibliques.


Peintre mystique bien évidemment avec les sujets bibliques (avec notamment le magnifique polyptyque "La vie du Christ", "La crucifixion", "La mise au tombeau") mais aussi ésotérique ("Esprit libre", "Magie de la lumière", "Devant la clôture verte").

Le sacré dans l'art par les sujets explicitement religieux mais aussi par la foi en l'homme comme détenteur d'une parcelle divine et élément d'une cosmogonie panthéiste.


D'où l'appétence pour le mythe de l'homme primitif, descendant non altéré des habitants de l'Eden, du bon sauvage, de l'homme rousseauiste qui est proche de Dieu.

Ce qui l'amène à portraiturer les indigènes et à collectionner des objets d'art primitif qui sont, par essence, des objets sacrés d'intercession avec les divinités.

Il peint également toutes les manifestations d'un rituel archaïque et païen qui passe par la danse, un thème que l'on retrouve traité à toutes les périodes de sa vie ("Danseuses aux bougies", "Nature morte aux danseuses" Ronde endiablée", "La danse enfants des bois").


Il en est de même pour les toiles représentant la nature, signe visible de la main de l'invisible, les jardins, la mer, miroir de l'âme, qu'il s'agisse de sa mer natale ("La mer III", "Nuages d'été") ou des océans tropicaux ("Soleil des tropiques").

Et s'il peint les lieux nocturnes de ville, thème de prédilection des peintres et écrivains de l'avant guerre ("Spectateurs au cabaret", "Au café de nuit") ce n'est que pour en mieux stigmatiser la vacuité.

Toutes les toiles de Nolde constituent des explosions lumineuses de teintes fortes qui éclaboussent la toile en larges aplats et témoignent de la maîtrise d'un chromatisme exacerbé.

L'exposition présente également son oeuvre graphique dont il faut apprécier la virtuosité du trait et une sélection de ses fameuses "images non peintes" et des "Phantasien" ("Animal et femme", "Créature de légende" et "Deux têtes aux cheveux flamboyants"), aquarelles de petit format, qui renouent avec l'inspiration des mondes de légende qui témoignent par leur intensité et leur violence de la tempête des sentiments qui animaient le peintre.

Une exposition exceptionnelle à ne pas rater d'autant que l'intégralité des œuvres d'Emil Nolde, à l'exception d'une toile, est détenue à l'étranger.